À cheval sur l’étiquette

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L’épineuse question de l’étiquetage nutritionnel des produits alimentaires est à l’ordre du jour : pour ou contre ? Ce n’est pas nouveau : l’idée est de rénover le système actuel (teneur en calories, lipides, protéines, etc.) pour avoir des données lisibles pour le consommateur en s’inspirant du modèle britannique à trois couleurs (traffic lights, « feux tricolores »), afin d’indiquer la qualité nutritionnelle des aliments sur leurs emballages.

Pour ? La vidéo explicative en bas d’article nous l’explique bien. L’étiquetage actuel est tout petit et peu lisible avec le tableau des valeurs nutritionnelles d’un côté, la liste des ingrédients de l’autre, utilisant bien souvent des termes compliqués. Le nouveau système listant les produits de A à E permettrait de comparer les produits alimentaires entre eux et de faire la différence de qualité entre des mêmes produits de marque différentes ou bien entre familles de produits. Cela forcerait donc à terme les fabricants à produire des aliments de meilleure qualité nutritionnelle afin d’être mieux notés. Deuxième avantage : éviter que chaque fabricant ne mette en place son propre système d’étiquetage ce qui perdrait encore plus le consommateur.
Le groupe Carrefour a par exemple anticipé en annonçant à la rentrée son projet d’inscrire dès janvier prochain des indications de fréquences de consommation recommandées sur ses quelques 700 produits à marque propre (quatre pictogrammes triangulaires de couleur : une fois, deux fois, trois fois par jour ? de temps en temps ?) pour montrer l’exemple. Cette initiative ne recueille pas tous les suffrages. La communauté scientifique estime en effet que cette pratique bien qu’intéressante induit le consommateur en erreur. « C’est un mauvais message lancé aux consommateurs qui ont l’impression que l’on peut consommer tous les jours des pizzas au fromage ou deux fois par jour des desserts stracciatella » dit le Professeur Serge Hercberg.

Contre ? Taxer les « mauvais » produits ne risque-t-il pas aussi de générer des angoisses et des troubles alimentaires ? En réponse au rapport, le Docteur Jean-Michel Lecerf, spécialiste de la nutrition*, nous dit qu’il convient plutôt de « marteler trois messages : variété, modération et activité physique, sans oublier le plaisir ». Pour lui, aucun aliment n’est mauvais en soi, seul l’excès est dangereux (même les légumes !). Le surpoids se joue plutôt sur d’autres aspects liés au mode de vie, avec notamment un manque d’activité physique. Et l’alimentation a bien d’autres finalités qu’apporter au corps les nutriments dont il a besoin pour fonctionner, notamment le partage, la convivialité, les relations sociales. Toujours selon lui, la variété alimentaire est au rendez-vous, même s’il existe dans l’Hexagone trop de personnes qui ne mangent pas à leur faim. L’essentiel des difficultés se focalise sur des populations précises qui cumulent les facteurs de risques ou n’ont pas accès à une nutrition équilibrée, trop chère pour eux. Les efforts devraient donc porter sur elles plutôt que sur l’ensemble des Français.

Le projet d’étiquetage est défendu par le Professeur Serge Hercberg (Inserm, Université Paris-XIII) dans son rapport sur la prévention nutritionnelle remis en début d’année au Ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui doit déposer prochainement dans le cadre de son projet de loi de santé** un projet unifié et harmonisé.

Marie-Hélène Cossé

*Chef du service nutrition à l’Institut Pasteur de Lille, auteur de À chacun son vrai poids »-Editions Odile Jacob-, le Docteur Jean-Michel Lecerf préside le conseil scientifique du Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids.

**À partir du 13 décembre 2016, l’étiquetage alimentaire nutritionnel sera obligatoire (Règlement Européen de 2011) pour toutes les denrées alimentaires préemballées, sauf pour les produits alcoolisés, eaux, mono-ingrédients, additifs, etc. Présenté sous forme de tableau (ou en forme linéaire si manque de place), il devra faire apparaître sept éléments obligatoires, par 100 g/ml : la valeur énergétique, les graisses, les acides gras saturés, les glucides, les sucres, les protéines et le sel. Il sera possible d’ajouter sur l’étiquetage d’autres nutriments.

 

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