Retour à l’émerveillement

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« Qu’est-ce que l’émerveillement, est-ce aussi sérieux que cela ? » Bertrand Vergely¹, normalien agrégé de philo, auteur d’un ouvrage sur le sujet, répond à la question devant une assemblée féminine réunie par l’association Paroles de Femmes. Non seulement essentiel, mais indispensable à l’équilibre de chaque être humain, l’émerveillement permet de s’ouvrir au monde.

Définition de l’émerveillement. Si le mot est proche de l’admiration, de l’étonnement, du sublime ou deimages l’extraordinaire, il n’a pourtant pas tout à fait la même signification. L’émerveillement, c’est ce qui se passe quand on fait PLUS QUE admirer, s’étonner, être dans l’extraordinaire, dans le sublime. S’émerveiller, c’est se laisser totalement envahir par l’admiration, c’est une jubilation qui m’emmène encore au-delà. L’étonnement est un détonateur, un coup de tonnerre dans nos vies, l’émerveillement en résulte. Je m’étonne au-delà des apparences, je dépasse la réalité.

Que permet-il ? L’émerveillement est une mutation intérieure qui permet de ne plus être dans la situation « moi et le monde », mais tout d’un coup d’être le monde, de le porter en soi. C’est un état qui nous guérit, nous qui sommes malades de ne plus vivre d’une manière miraculeuse. Il s’éveille souvent dans les moments de grands bonheurs ou d’extrêmes malheurs ; dans la maladie par exemple  « j’ai un cancer, mais je ne suis pas une cancéreuse, je suis toujours vivante ». C’est l’état dans lequel l’artiste crée. Poètes, peintres, musiciens provoquent l’émerveillement en transfigurant la réalité. Savants et techniciens nous montrent ce que la nature et les hommes savent faire. S’émerveiller c’est d’abord regarder sans juger, puis être généreux, c’est-à-dire s’estimer soi-même et se rendre justice « merci d’être ce que je suis  ». Il ouvre au monde, à l’humanité, à la vie.

Viens voir, regarde. Soyons donc des montreurs. Dans une famille, on ne dit jamais assez à ses enfants « Regarde comme c’est beau ! ». Le « Est-ce que ©Pixabay-Emerveillement- Midetplustu te rends compte ? » dit par la mère (premier guide spirituel…) éduque au merveilleux. Se dire les uns aux autres « Tu pourrais t’étonner », « Ce n’est pas normal ». S’émerveiller ne veut pas dire être naïf et inconscient : voir que le mal existe, mais savoir qu’il existe des possibilités pour s’en sortir.

Relation à l’extraordinaire. Sortir de l’ordinaire, de son ego, arrêter de vouloir régler des comptes, ruminer des vengeances, avoir des rancœurs… On fait la tête alors qu’on devrait avoir des pensées constructives, de la joie et de la gratitude d’être vivant. Pour aller vers l’extraordinaire, il faut d’abord se mettre en règle avec soi-même et s’harmoniser avec la vie. Quand je rencontre l’extraordinaire, je m’émerveille, véritable expérience du regard et de la pensée et je peux regarder la réalité telle qu’elle est. La vie est effrayante, mais magnifique à la fois, comme la nature est belle, mais aussi terrifiante. Le merveilleux n’est pas séparable de l’angoisse, il faut avoir conscience de l’angoisse pour revenir au merveilleux.

« Notre devoir le plus impérieux est peut-être de ne jamais lâcher le fil de la Merveille. Grâce à lui je sortirai du plus sombre des labyrinthes. » Extrait de Derniers fragments d’un long voyage de Christiane Singer

Comment réveiller sa capacité à s’émerveiller ? Comment faire pour s’extraire du quotidien, notamment nous les femmes dont c’est le lot ? Chacune d’entre nous a ses secrets et ses recettes pour y parvenir, citons pêle-mêle : s’émerveiller sur soi-même d’abord et être bien à l’intérieur de soi, vivre l’instant présent (ne pas penser à hier qui donne des regrets ou se projeter demain qui réveille des angoisses), ressentir plutôt que penser, se libérer des jugements, être disponible (à des rencontres, des images, etc.), ne pas être trop réactive, prendre de la distance et relativiser, se lever chaque matin en étant consciente de ne pas être ordinaire, être connectée avec l’au-delà, porter un regard hors jugement, regarder ce qui est beau, dire merci, se faire aider pour aider, rendre justice à soi-même. Plus concrètement : regarder Human le film de Yann Arthus-Bertrand qui permet de sentir connectée au monde en se reconnaissant dans bien des interviews, faire les 3 kifs par jour recommandés par Florence Servan Schreiber ou encore lire chaque matin une pensée du livre de François Gervais, Au Jardin de la vie.

Réjouis-toi ! Notre plus grand travail, c’est aimer la vie ici et maintenant et rendre grâce pour les merveilles qui nous entourent pour s’ouvrir à ce qui est la musique de l’existence : passer de la plainte à l’émerveillement qui n’est pas seulement sérieux, mais fondamental.

Marie-Hélène Cossé

¹Bertrand Vergely, né en 1953, est un essayiste français, professeur de philosophie en khâgne et  théologien orthodoxe.

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