Abbaye Saint-André : au hasard d’une rencontre féminine

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Il y a cent ans Gustave Fayet, artiste méconnu, prolifique et original, véritable personnage de roman, âme sensible et homme d’affaires redoutable, achète l’Abbaye Saint-André à Villeneuve- lès-Avignon¹ au hasard d’une rencontre féminine. Gustave Viennet, célèbre l’acquisition de ce monument et retrace le parcours de cet aïeul aux multiples facettes.

Une rencontre décisive. En 1916, Gustave Fayet séjourne au Grand Hôtel des Lecques, près de Saint-Cyr-sur-mer dans le Var. Il veut acheter une propriété à Porquerolles. Il rencontre Elsa Koeberlé venue pour soigner une maladie pulmonaire. Il se lie d’amitié avec cette Alsacienne en détresse, sans papiers, sans argent à cause de la guerre. Pour sceller leur amitié, la poétesse, lui dédicace son livre Les accords tandis que Fayet lui offre une de ses peintures sur buvard. Elsa aime l’Abbaye Saint-André qui lui rappelle la propriété de son père récemment disparu. Fayet l’achète, Elsa en devient locataire à vie.  Elle s’y installe avec son amie, l’artiste Génia Lioubow. Le 2 octobre 1922, Fayet illustre Les accords pour Elsa. Le livre est actuellement visible dans le musée à Saint-André.

Un héritage par les femmes. Lioubow meurt dans les années 1940. Une dizaine d’années plus tard, Koeberlé qui n’a pas d’héritier, choisit un descendant de Fayet pour gérer Saint-André. Elle opte pour Roseline Bacou, dite Dodine. Cette petite fille de Fayet, fille de Simone Fayet épouse Bacou est Conservatrice en chef du cabinet des dessins du Louvre. Elle restaure la chapelle, organise le jardin, puis fait classer l’abbaye monument historique et l’ouvre au public en 1990. Au terme d’une longue vie, Dodine nomme les petites filles de son neveu, Jean Viennet, héritières du domaine. C’est leur père Gustave Viennet qui assure le pilotage de Saint-André en attendant leur majorité. Il travaille en synergie avec l’Abbaye de Fonfroide², autre domaine familial.

Gustave Fayet, propriétaire terrien. Né à Béziers en 1865, Fayet est l’unique descendant d’une lignée DSK34-032-0407-3276de marchands-armateurs, héritier d’une grande fortune constituée grâce au Canal du Midi. Son épouse Madeleine d’Andoque de Sériège lui donne cinq enfants : Gabriel, Simone, Antoine, Yseult et Léon. Il possède notamment le Château d’Igny dans l’Essonne, la Villa de Costebrune sur la Côte d’Azur, le Château de la Dragonne à Béziers, celui de Védilhan près de Narbonne… En 1908, Fayet achète l’abbaye cistercienne de Fontfroide qu’il restaure. Richard Burgsthal réalise les vitraux et Odilon Redon décore la bibliothèque avec son chef-d’œuvre, Le jour et la nuit. La société éclairée de l’époque se donne rendez-vous dans les demeures de Fayet, véritables musées consacrés à l’art, à la musique et à des débats. Aujourd’hui, Nicolas Fayet, fils d’Yseult Fayet et d’Alban d’Andoque gère Fonfroide depuis 20 ans.

En art, le bonheur c’est acquérir. Fayet est aussi et surtout un artiste collectionneur. En peinture, il utilise l’huile, le pastel, le dessin, l’aquarelle, le buvard… Stimulé par Redon, son « maître vénéré », il exploite l’art floral et aquatique, approchant l’abstraction. Il illustre de nombreux livres dont Mireille de Frédéric Mistral, réalise 72 planches de ses Œuvres noires et trouve également son épanouissement dans la création de tissus et de tapis. Pour lui le monde est avant tout couleur. « Œil absolu » et excellent spéculateur, Fayet achète et revend, des Gauguin (70 pièces), des Van Gogh (10 pièces), des Redon, Cézanne, Bonnard, Matisse… « Ce n’est pas posséder qui fait le bonheur, c’est acquérir »³, estime-t-il. Dans les années 1900, il possède l’une des plus importantes collections d’art moderne de l’époque, parfaitement décrite par Roseline Bacou. Une collection dispersée après sa mort.

Tel un personnage de roman, Fayet quitte sa femme à la soixantaine pour vivre avec La Sarrazine, une séductrice immortalisée par Odilon Redon. Ce qui n’empêche sa descendance de prendre soin de ses propriétés et de l’Abbaye Saint-André qui fête avec éclat, cette année, le centenaire de son acquisition !

Isabelle Brisson
Mid&SudOuest

¹Abbaye Saint-André, rue Montée du Fort, Fort Saint-André, 30400 Villeneuve-lès-Avignon. Restaurant. Tél : 04-90-25-55-95.
²Association du Musée d’art Gustave Fayet, MAGFF.
³Gustave Fayet, l’œil souverain, Éditions du Regard (2015).

  • Exposition L’Aventure Saint-André jusqu’au 30 octobre 2016.
    Abbaye Saint-André,
    rue Montée du Fort, Fort Saint-André, 30400 Villeneuve-lès-Avignon.
  • Pour un séjour agréable dans les environs :
    Les Jardins de la Livrée, chambres d’hôtes, 4 bis, rue du Camp de Bataille, 30400 Villeneuve-lès-Avignon,
    tél 04-86-81-00-21.
    Le Prieuré, Hôtel, Place du Chapitre, 30400 Villeneuve-lès-Avignon, tél 04-90-15-90-15.
    La Magnaneraie, Hôtel, Rue du Camp de Bataille, 30400 Villeneuve-lès-Avignon, tél 09-70-38-41-59.

Crédits Photos : © Photo Une : Aline Lemaître 1- Portrait d’Elsa Koeberle vers 1906 2- Elsa Koeberle en japonaise. -3- Aquarelle de Gustave Fayet (1916). Collection particulière. Les jardins de l’abbaye Saint André. Photo Isabelle Ildevert/Magff-4-Aquarelle de Gustave Fayet (1916). Collection particulière. Les jardins de l’abbaye Saint André. Photo Isabelle Ildevert/Magff.5– Photo de la collection de l’abbaye de Fontfroide. Photo Henri Gaud/MAGFF.  Gustave Fayet.

 

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