Alfred Manessier au Musée Mendjisky

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Le Musée Mendjisky, du nom du peintre de la seconde École de Paris, se niche dans une petite impasse du XVe arrondissement. Installé dans un ancien atelier de verrier construit par l’architecte Robert Mallet-Stevens en 1932, cela donne une raison supplémentaire d’aller voir l’exposition Manessier en cours.

Dédié aux artistes des deux Écoles de Paris et bien entendu à Maurice Mendjisky (1890-1951), artiste-peintre polonais dont la famille fut exterminée dans le ghetto de Varsovie, résident de la Ruche et compagnon de Kiki de Montparnasse, ce discret musée est à découvrir aussi pour son architecture moderniste et fonctionnelle.


La Maison-Atelier Louis Barillet, une œuvre de Robert Mallet-S
©Musée Mendjiskytevens. Le maître-verrier Barillet recherchait un nouvel endroit pratique et lumineux pour ses trois ateliers de travail et son habitation (peu visible, en retrait derrière une terrasse). Barillet et Mallet-Stevens se connaissent bien et travaillent ensemble depuis 1923,  on les voit collaborer notamment pour l’Exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925 ou à la Villa Noailles à Hyères (1924-1933). 
On retrouvera le verrier aux côtés du Corbusier, Prouvé, Chareau ou Perriand à l’UAM (l’Union des Artistes Modernes) fondée en 1920 par Mallet-Stevens, union qui prône un art total où peinture, architecture, jardins, arts décoratifs… ont la même valeur. ©Ch.Fleurot-Musée Mendjisky-Mid&plusQuoi de plus normal de voir une nouvelle collaboration entre ces deux hommes ! Dès l’accueil, on perçoit ce nouveau langage. Le plan est rationnel, technique, traduisant l’organisation des activités. L’utilisation du béton armé permet de libérer les espaces des structures autrefois nécessaires. Des grands plateaux sont dévolus aux différentes activités. Les murs blancs sont soulignés de montants noirs, de rampes, de garde-corps… Verrière, fenêtres filantes affirment l’importance portée à la lumière. Telle une enseigne lumineuse, un vitrail vertical monochrome marque l’escalier en façade. Un second plus coloré se déploie en étage, des mosaïques au sol sur les différents paliers  marquent l’espace reliant ateliers et bureaux.

20150605_EXPOSITION_MANESSIERLa seconde raison est bien entendu… Alfred Manessier, Du crépuscule au matin clair. Élève des Beaux-Arts de Paris (section architecture), considéré comme l’un des chefs de file de la nouvelle École de Paris, Alfred Manessier (1911-1993) est un peintre non figuratif. Il est particulièrement sensible à la nature (Nuit en baie de Somme II 1924, le Crotoy à 6h30 du matin 1927), aux éléments (Vent du soir sur Tolède, 1964), au cycle des saisons, à l’alternance du jour et de la nuit (la Naissance de l’aube 1989), aux variations de la lumière (Flottille au matin clair 1990). On découvrira, au détour des grandes salles, quelques délicieuses œuvres de jeunesse, figuratives, des années 1920 et un choix d’œuvres surréalistes des années 1930. Proche de Bazaine, il appartient au groupe des Jeunes Peintres de Tradition Française, qui en 1941, ©Mannessier- Droits de reproduction réservés ADAGP-Paris2015déclenchent un mouvement de peinture d’avant-garde porteuse d’espoir. Profondément croyant, il traduit sa foi par une peinture qui frise l’abstraction, tout en conservant chaque fois un titre lié à la réalité. Il a d’ailleurs travaillé à la réalisation de vitraux et de mosaïques. Après sa rencontre avec le couple de tisserands Plasse Le Caisne vers la fin des années 1940, Manessier se consacre à la tapisserie ( La Nuit, tissée en 1966 basse lisse). La peinture de Manessier est vivace, colorée, évocatrice, elle cherche à absorber la lumière pour mieux la réfléchir.

Béatrice Leroux-Huitema

Musée Mendjinkyi    Musée Mendjisky-Écoles de Paris -15 Square de Vergennes -75015 Paris
Entrée sous le porche à hauteur du 279 rue de Vaugirard -tous les jours de 11h à 18h00, sauf le jeudi et les jours fériés.
Pour plus d’informations sur Mallet-Stevens
Pour plus d’information sur Alfred Manessier

Les deux Écoles de Paris

– Le terme « Première École de Paris » désigne l’ensemble des artistes souvent étrangers, notamment d’Europe de l’Est ou d’Italie, arrivés au début du XXe siècle dans la capitale, à la recherche de débouchés artistiques. Ils se fixent dans le quartier de Montparnasse. Parmi les artistes qui habitent ou fréquentent le quartier, il y a notamment Georges Braque, le douanier Rousseau, Antoine Bourdelle, Ossip Zadkine, Moïse Kisling, Marc Chagall, Fernand Léger, Jacques Lipchitz, Max Jacob, Blaise Cendrars, Chaïm Soutine, Modigliani…

– Le terme « Seconde École de Paris » regroupe les artistes qui ont contribué après la guerre de 1945 à 1960 à faire de Paris la plaque tournante de l’art. Ce terme rassemble aussi bien des peintres figuratifs ou abstraits et qui sont souvent soutenus par des galeries et des critiques d’art. Il s’agit davantage d’un regroupement géographique que stylistique. En font partie des artistes aussi différents que Jean Bazaine, Jean Bertholle, Camille Bryen, Bernard Buffet, Nicolas de Staël, Simon Hantaï, Hans Hartung, Alfred Manessier, Jean Fautrier, Elvire Jan, Charles Lapicque, Jean Le Moal, Serge Poliakoff, Gustave Singier, Geer Van Velde, Maria Helena Vieira da Silva, Zao Wou-ki pour les plus connus et aussi des sculpteurs comme Henri-Georges Adam, Simone Boisecq, Karl-Jean Longuet, Juana Muller, Maurice Mendjizky

 


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