Coup de cœur ciné : Asphalte de Samuel Benchetrit

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Sélectionné et présenté Hors-Compétition à Cannes 2015, Asphalte, le cinquième long métrage de l’écrivain et dramaturge, Samuel Benchetrit, fait l’effet d’une fleur qui traverse le bitume. Cet ouvrage cinématographique intime est une ode épurée à la vie, une vibrante poésie.

Tourné à Colmar en plein hiver dans une barre d’immeubles destinée à la destruction, à côté d’une usine en faillite, ce film au budget modeste réunit des comédiens superbes, débarrassés de toute forme d’artifice. Asphalte replace avec humour, la tendresse et l’amour, au cœur d’un sujet toujours guetté par la polémique et les clichés : la banlieue. À part les personnages, il n’y a rien. Un bruit qui revient, lancinant, le vent, le gris, les graffitis. Un ascenseur qui ne marche pas, forcément, et qui donne prétexte à une première scène drôle et laconique, comme l’ensemble de ce film, littéraire plus que spectaculaire.

L’élégance des sentiments. Six personnages. Trois rencontres. Sternkowitz (Gustave Kervern), «mammouth congelé, emprisonné dans son désarroi et sa solitude » revient à la vie grâce à une infirmière de nuit (Valeria Bruni-Tedeschi). Charly, l’ado lucide, mais pas désenchanté (Jules Benchetrit), croise le chemin d’une asphalte1comédienne sur le retour, Jeanne Meyer (Isabelle Huppert). Madame Hamida (Tassadit Mandi), dont le fils est en prison, accueille un astronaute de la NASA (Michael Pitt), échoué sur le toit de l’immeuble. Le réalisme du contexte, l’absurdité des situations, la poésie des êtres construisent ce conte à la fois réaliste et fantastique. Les sentiments ont une forme d’urgence à vouloir s’exprimer, mais ils le font avec pudeur. L’esthétique, nostalgique, multiplie les références aux années 80. Les seconds rôles sont justes, à l’image du fils de Madame Hamida (Abdelmadjid Barja) quand il regarde sa mère, incrédule et méfiant, lui raconter qu’elle a prêté son maillot de foot de l’O.M à l’astronaute qui le remplace dans son lit d’enfant.

Des personnages blessés qui refusent comme ils peuvent l’enfermement. Les générations, les cultures, toutes les formes de solitudes se frôlent dans Asphalte, offrant une vision intérieure et solidaire de personnalités un peu égarées, dans un monde globalisé et lointain, où tout le monde fait face à ses propres galères. Il y a une histoire de générosité aussi chez tous ces gens qui se donnent ce qu’ils peuvent : une oreille, un conseil, une caresse ou… du couscous, autant de preuves d’amour simples et hésitantes qu’il faut savoir recevoir si l’on veut rendre grâce à notre humanité. En ayant réussi ce film, Samuel Benchetrit n’envoie pas un « message »,  il ne sert pas un « propos ». Il nous fait un cadeau. Comme une invitation à reconnaître, dans cette fleur délicate qui pousse au milieu de nulle part, la force têtue et indifférente de la vie.

Astrid Renoult

Sortie le 7 octobreMusique originale : Raphaël.

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