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Quelles sont les expositions encore à l’affiche à Paris en ce début d’année 2019 ? Elles ont été nombreuses en 2018, le plus souvent organisées par des musées aux riches collections qui, pouvant prêter certains de leurs chefs d’œuvre, parviennent à faire venir des œuvres rares, auxquelles le plus grand nombre des Français ne pourraient accéder.

♦Dorothea Lange, politiques du visible
Musée du Jeu de Paume jusqu’au 27 janvier
par Christine Fleurot

C’est la Grande Dépression américaine de 1932 qui poussa Dorothea Lange à sortir de son studio de portraitiste pour descendre dans la rue. Son travail photographique urbain sur les conséquences dramatiques de cette récession attire alors l’attention de Paul Schuster Taylor, professeur d’économie. Missionnés par la Farm Security Administration, ils sillonneront ensemble plus de vingt-deux états pour témoigner des conditions de vie des migrants fuyant leur Midwest dévasté par la sécheresse pour une Californie prometteuse. La photographe se rendra aussi sur les chantiers navals de Richmond là où les okies, ouvriers parias, en majorité Afro-américains ou étonnement femmes, contribuent à l’effort de guerre. Autre reportage moins connu, celui sur les camps de Nippo-américains internés suite à l’attaque de Pearl Harbor. L’exposition se clôture par son regard sur la Justice de son pays dans les pas d’un avocat commis d’office. Avec empathie et discrétion, Dorothea Lange, observatrice « transparente » et engagée, a su redonner dignité à ces laissés-pour-compte.

©DorotheaLange_UnemployedLumberWorker

Unemployed lumber worker goes with his wife to the bean harvest social security number tattooed on his arm (Oregon-1939)

Quand Caravage devint Caravage
Musée Jaquemart André jusqu’au 28 janvier
par Vicky Sommet

Une exposition dédiée au peintre Caravage est un évènement dans le monde de l’art tant les propriétaires de ses œuvres sont réticents à s’en séparer. Cet homme fougueux, rebelle et révolutionnaire, réfugié à Rome pour trouver une nouvelle inspiration, devint le chef de file des Caravagesques. Michelangelo Merisi, dit Caravage, avait pris la fuite après un assassinat qui lui valut la condamnation du pape. L’homme, déjà connu de la justice et fervent adepte de Bacchus et de Cupidon, resta introuvable malgré les recherches. Il exprimera ses obsessions en « détruisant la peinture » d’après Poussin : scènes bibliques ou natures mortes, sa peinture permet d’entrer dans les profondeurs des ombres, avec des modèles populaires « Le souper à Emmaüs » où la lumière tire les personnages de leur gangue d’obscurité sans cacher leurs sentiments et des œuvres religieuses « La Madeleine en extase » où silence et méditation transpirent de ce visage exalté. Confronté à ses amis et à ses ennemis par tableaux interposés, cette visite de l’exposition « Caravage à Rome » est une promenade où le réalisme d’un artiste nous donne à voir des êtres de chair et de sang.

♦Miró
Grand Palais, Galeries Nationales jusqu’au 4 février 2019
par Anne-Marie Chust – en souvenir de mon ami Jan, avec qui j’ai découvert Miró et qui m’a expliqué que pour ce peintre tout était question de couleur, d’équilibre et de cosmologie.        

Réunissant près de 150 œuvres dont certaines inédites en France et couvrant 70 ans de création, cette rétrospective au Grand Palais retrace l’œuvre de Miró dans toute sa diversité technique et stylistique. Elle nous ouvre aussi les portes de son univers poétique et de son interprétation atypique et inventive du monde, depuis la Catalogne où il est né, jusqu’à Majorque où il est mort, en passant par Paris. De cette peinture plane, avec un certain côté naïf et onirique, il est passé au fauvisme, au cubisme et à l’expressionnisme. On découvre aussi, dans le parcours de l’exposition, ses sculptures, ses céramiques, une magnifique photo grandeur nature de Picasso et lui, car Miró fut aussi un peintre engagé au cœur d’une période tourmentée. Il exposa face au Guernica de Picasso dans le Pavillon de la République espagnole à Paris en 1937.

« Pour moi, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème. »

Et bien sûr, le surréalisme pour abandonner les méthodes conventionnelles de la peinture et selon ses propres mots « les tuer, les assassiner et les violer ». Les tableaux de Miró sont autant de poèmes, qui répondaient à ses amis Breton ou Aragon. Il inventa un monde original, coloré et hors-normes. Et ce tableau énigmatique et délicat « Femmes au bord d’un lac à la surface irisée par le passage d’un cygne » auquel Aragon consacra un poème (énigmatique et délicat lui aussi). Miró avec un accent sur le O veut dire en espagnol : il regarda. Dans Miró, il y a miroir disait Prévert, Miró est un miroir essentiel de la peinture du 20ème siècle qu’il a regardée et surtout précédée. Pourrait-il être le précurseur du « Street Art » ?

©Miro au Grand Palais - Mid&PlusPoème d’Aragon
« Femmes au bord d’un lac à la surface irisée par le passage d’un cygne »

Leur rêverie se veloute de la chair d’une pensée proportionnée aux dimensions de l’œil cyclopéen qu’ouvrent les lacs et dont la fixité fascina qui devait se faire le terrible héraut du Retour Éternel.
Le beau sillage partant du cœur innerve les trois pétales de base de l’immense fleur qui vogue se consumant sans fin pour renaître dans une flambée de vitraux.
Ce sont les oratoires sous-jacents, plus que profanes, où se retirent les belles, chacune dans son secret.
Elles s’y rendent en tapis volant, sur le merveilleux nuage d’inconnaissance.
C’est là que la vapeur des alambics fait ruche et que le bras, qui reflète à s’y méprendre le col de cygne, pointe tout distraitement sur l’angle du miel.
Plus, entre les mots, la moindre brise :
Le luxe est dans la volupté.
— Toute femme est la Dame du Lac.

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