Des femmes en peinture

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Une cinquantaine de femmes seulement ont exercé leur talent en peinture du XVIe siècle à nos jours contre des milliers de peintres masculins. Pierre Mutuel, ancien professeur d’arts plastiques au Collège de Gignac (Hérault), a présenté des artistes parfois méconnues chez Clareton des Sources¹, librairie de Béziers qui organise des rencontres littéraires. 

©Séraphine Bouquet

Bouquet-S. de Senlis

Issue d’une famille cultivée, modèle ou fille d’artiste. Comment toutes ces femmes sont-elles devenues peintres ? Une naissance dans une famille cultivée, le fait d’avoir été modèle pour un peintre ou d’être fille d’artiste les a souvent motivées. À l’exception, notamment, de la Française Séraphine de Senlis (1864-1942), qui a peint, parce qu’un ange lui a dit de le faire, cette femme démunie terminera sa vie en asile psychiatrique ! Et de l’Algérienne Baya (1931-1998), sans formation ni culture, proche de Georges Braque, qui a puisé ses thèmes naïfs et primitifs dans l’artisanat.

Un hommage à des artistes plus ou moins oubliées. « Afin de rendre hommage à des artistes plus ou moins oubliées », explique Pierre Mutuel, peintre à ses heures, « je montre des photos de leurs œuvres et fais ressortir les techniques et les parallèles avec d’autres créateurs ». Quel connaisseur moyen serait-il capable de reconnaître d’emblée une toile de la portraitiste italienne Sofonisba Anguissola (1532-1625) ? Elle rencontre Michel-Ange et le peintre maniériste Francesco Salviati qui vante ses travaux. Qui est Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) ? L’épouse parisienne d’un marchand de tableaux qui la ruina et grande portraitiste, à l’égal de Quentin de La Tour ou de Jean-Baptiste Greuze. Bien qu’issue de la petite bourgeoisie, elle devient peintre officiel de Marie-Antoinette. Et Berthe Morisot (1841-1895) ? Cette Française, fille du Préfet du Cher, proche de Renoir et Manet, épouse d’Eugène, frère de ce dernier.


Et en l’honneur d’artistes plus ou moins connues
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À Mary Cassatt (1845-1926), une américaine fortunée, produit In the loge (La loge) à la manière de Manet.  À la Française Suzanne Valadon (1865-1938) qui dévoile par son autoportrait son caractère original, affirmé et orageux, elle n’est rien moins que la mère de Maurice Utrillo. Citons encore Georgia O’Keefe qui intrigue avec son Iris noir semblable à un sexe féminin. L’illustratrice, Marie Laurencin, Sonia Delaunay, Tamara Lempicka, Frida Khalo qu’un terrible accident rend invalide, Remedios Varo, Maria Elena Vieira da Silva dont le célèbre Échiquier tout en ondulations vient d’être exposé au Musée de Céret, la surréaliste narcissique Leonor Fini et ses dix-sept chats et Emilia Castañeda, toujours vivante avec son puissant Sabor de miel en la ojarasca  (Goût de miel dans le feuillage ).

Artemisia Gentileschi, violée par l’assistant de son père. Femme peintre atypique, ArtemisiaArtemisia Genteleschi-Suzanne et les vieillards Gentileschi, (1593-1625) est romaine. Elle rejoint le Caravage qui lui inspire divers tableaux, dont le plus célèbre est l’autoportrait tenant la palme du martyr. Violée par l’assistant de son père, lui aussi peintre, Artemisia réalise Suzanne et les Vieillards : des voyeurs regardant une jeune fille au bain. Ce tableau controversé serait peut-être antidaté, réalisé par d’autres artistes. À cette époque où la femme ne jouit pas de l’égalité actuelle des sexes, Artemisia a les doigts liés avec des courroies pour lui faire avouer que la toile ne représente pas le portrait de son violeur.

Rosa Bonheur, portraitiste animalière. Reproductrice animalière de génie, appréciée des ©Musée_d'Orsay_-_Rosa_Bonheur_-_Labourage_nivernaisanglophones, cette Française (1822-1899) porte le pantalon quand elle va dans les abattoirs pour peindre. Elle déteste les hommes parce qu’abandonnée par son père. Le labourage nivernais (photo de Une figure parmi ses œuvres, dont Cézanne dit qu’il est « horriblement ressemblant ». Elle adore les chevaux, mais peint aussi d’adorables lapins, des chiens expressifs, des veaux, des sangliers, … et des lions observés dans les zoos. Non-conventionnelle, elle respecte pourtant les usages de l’époque lorsqu’il s’agit d’homosexualité, niant la sienne. Elle est la première femme artiste à se voir remettre le titre d’officier de la légion d’honneur.

La liste de ces femmes citées n’est pas exhaustive. « Toutes des Occidentales. En Orient ce sont plutôt des dessinatrices », confie enfin Pierre Mutuel qui énumère encore des noms d’artistes figurant dans le livre de Clarisse Nicoïdski ².

Isabelle Brisson
Mid&Sud-Ouest

¹ Librairie Clareton des sources : 15, rue de la Coquille, 34500 -Béziers. Téléphone : 0467284662
² Une histoire des femmes peintres, de Clarisse Nicoïdski -JCLattès-(Epuisé en neuf)

Lavinia Fontana (Bologne), Catarina Van Hemessen (Anvers), Levina Teerlinc (Bruges), Elisabetta Sirani (Bologne), Fede Galizia (Trente), Clara Peters (Anvers), Judith Leyster (Haarlem), Maria Sibylla Merian (Francfort/Main), Louise Moillon (France), Rosalba Carriera (Venise), Angelica Kauffmann, Marie-Guillemine Benoist, Françoise Duparc, Constance Mayer, Elisabeth Butler, Eva Gonzalez, Marie Bashkirtseff, Natalia Goncharovd, Marie Vassilieff, Marevna, Françoise Van Kessel, Claire Roberts.

 

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