Encore à l’affiche pour la rentrée

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Que d’expositions à Paris en une seule saison ! Elles sont le plus souvent organisées par des musées aux riches collections qui, pouvant prêter certains de leurs chefs d’œuvre, parviennent à faire venir des œuvres rares, auxquelles le plus grand nombre des Français ne pourraient accéder. La muséographie est souvent convaincante et originale. Que reste-t-il à voir à la rentrée ? 

Tout d’abord une exposition aussi historique qu’esthétique au Petit Palais, Les Impressionnistes à Londres, artistes français en exil (1870-1904). Les raisons pour aller vivre sous le « dôme de fumée londonien » étaient  nombreuses : échapper au  service militaire ou à la répression pour ceux qui avaient soutenu la Commune, trouver des clients faute de marché à Paris. Heureusement pour eux, Durand-Ruel traversa aussi la Manche avec une partie de ses collections et organisa en 1871 une exposition des French Artists qui furent dans l’ensemble bien accueillis et plurent, des artistes français déjà installés à Londres facilitant leur installation. Le Petit Palais a fait appel avec succès à de nombreux musées et plusieurs tableaux ont été rarement vus à Paris : Derain, Monet, Pissarro, Sisley… Moment de poésie inattendue avec trois huiles sur bois aux teintes douces un peu évanescentes de Whistler. On peut aussi aller goûter directement des charmes du café qui donne sur le beau jardin et son décor « belle époque », bel exemple de restauration réussie d’un palais 1900. Jusqu’au 14 octobre.

L’été laisse parfois du temps pour méditer. Cette méditation, faites-la devant les polyptiques et grandes toiles épurées de ZaoWou-Ki exposées au Musée Municipal d’Art moderne. Cette peinture abstraite, aux couleurs fortes (bleu intense, rouge sanguin, jaune safrané) et contrastées, incite au vagabondage de l’esprit et au silence, comme devant les paysages et les ciels de peintres chinois. Le titre de l’exposition est d’ailleurs une citation : L’espace est silence. On aurait pu écrire aussi est musique, une toile étant un hommage à Edgar Varèse, dont on peut entendre la musique. Les encres de Chine sur papier très expressives sont inspirées d’Henri Michaux. Jusqu’au 6 janvier 2019.

-Le Mobilier National extrait régulièrement de son trésor d’Ali Baba, des œuvres qui sont exposées aux Gobelins. Actuellement ce sont des tapisseries, les chefs d’œuvre 1918-2018 Avant le renouveau qui se manifeste juste avant le début de la seconde guerre mondiale, on recherche les chefs d’œuvre. Peut-être, quelques tapisseries exotiques et « coloniales » plus ou moins « arts déco ». Puis les chefs d’œuvre de l’après-guerre (Picasso, Matisse, Léger, Zao Wou Ki). Une salle expose des tapisseries commandées par Vichy et des ministres nazis à Aubusson. Jusqu’au 23 septembre.

Le Louvre expose en ce moment sa collection de pastels du 17 et 18e siècles, la plus belle et la plus nombreuse (120) possédée par un musée. De la beauté, le pastel a l’éclat et la fragilité. Ces poudres fines rendent à merveille la douceur et le coloris d’une peau de femme et d’enfant, d’un visage et d’un regard ainsi que le détail d’une robe et d’un bijou. Le pastel fut tellement à la mode que non seulement les « grands » se firent faire leur pastel mais aussi les bourgeois, au moins au 18e. Ce fut le studio Harcourt de l’époque. Puis la mode passa… malheureusement. Votre préférence ira soit aux portraits majestueux du 17e aux visages altiers et à leurs volumineuses perruques, soit aux pastels du 18e plus « psychologiques » et plus intimes. Bien sûr, tout n’y est pas. Une italienne est exposée, la pionnière du pastel, Rosetta Carriera, dont les dessins sont d’une extrême précision. Jusqu’au 10 septembre.

-Junia Ishigami, cet architecte japonais, un inconnu pour moi, est exposé à la Fondation Cartier. Correspondance heureuse entre la construction transparente, légère, entourée de verdure de Jean Nouvel et cette architecture japonaise fragile, légère, quasiment transparente, qui ménage les espaces naturels. Cette architecture peut être qualifiée de minimaliste, elle se dit libérée, à l’échelle humaine. Elle s’insère dans les paysages, tient compte de l’environnement immédiat et tire parti des reliefs. Un jardin est aménagé en transplantation les arbres existants, un restaurant est construit  après avoir creusé le roc et recouvert de béton des grottes existantes. Des villas sont implantées entre des blocs de rocher déplacés, dont beaucoup resteront à l’intérieur des maisons. Le sous-sol d’un grand immeuble du 19è est récupéré et éclairé. On aimerait connaitre le point de vue des utilisateurs : est-ce agréable d’avoir dans sa chambre à coucher des rochers ? La fonctionnalité se conjugue t’elle avec le talent ? Jusqu’au 9 septembre.    

Pierre-Yves Cossé
Un Breton à Paris

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