Transmettre, éduquer, faire sa part

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À ce moment singulier de l’histoire de l’humanité où nous nous trouvons aujourd’hui, confrontés à de profondes mutations dans les domaines de la famille, de l’éducation, de la transmission, mais aussi de l’usage des libertés et de l’approche spirituelle, un être humain nouveau est en train de naître. Quel est-il et comment se construit-il ? C’est la question à laquelle tente de répondre Catherine Ternynck, docteur en psychologie et psychanalyste.

La transmission

Un être humain qui va bien se meut sur les trois échelles du temps : il se nourrit du passé, s’appuie au présent et se projette vers l’avenir. Au début de notre vie, nous avons une capacité à recevoir et à la fin une capacité à donner. À une époque où nous vivons dans l’immédiat (tout est ici, maintenant, vite, sans délai, précaire), la transmission est essentielle, notre expérience, notre manière de penser et d’agir. Soyons des passeurs, apprenons à nos enfants et à nos petits-enfants.

L’éducation

Il existe aujourd’hui un grand désarroi éducatif des parents et des enseignants. L’autorité est presque devenue synonyme de maltraitance… La fascination exercée par l’enfant est à la hauteur de notre désengagement éducatif à son égard. Il est placé au centre de nos vies, mais pourtant difficile à éduquer. On lui demande de s’adapter à notre rythme, de grandir vite, d’être un adulte en miniature (il n’y a jamais eu autant d’enfants précoces…). Carences éducatives, abus de précocité, manque de repères font le lit des troubles du futur adulte qui consulte chez le psy. Sans regretter l’autoritarisme d’autrefois, il n’existe cependant pas d’amour sans autorité. Et l’éducation ouvre à la liberté.

Comment apprendre la liberté ?

La liberté aujourd’hui est assimilée à un droit et à un dû, alors qu’il faut s’exercer à établir priorités et reliefs. Au cœur de la profusion des possibles, des permis et des apparences, il faut discerner ce qui essentiel, c’est-à-dire ce qui rend plus humain. Nous effaçons les différences : parents/enfants, vie professionnelle/vie privée, hommes/femmes, bien/mal. Développons notre capacité à nous auto-limiter à une époque où l’illimité est posé en progrès et où addictions et dépendances ne cessent d’augmenter (aliments, jeux, alcool, sexe, achats, travail, psy, etc.). L’éthique doit être la compagne de la liberté, la main qui guide, le regard qui porte plus loin. Les chemins de la liberté mènent à la transcendance.

La transcendance

Comment s’y parvenir ? En s’ouvrant aux valeurs de l’esprit dont le monde d’aujourd’hui veut se débarrasser : les petites joies, la gratitude, le silence, la pudeur (réserve de soi, respect de l’autre), la solitude (permet une pause dans l’attente d’autrui), le sacré, la conversation (par opposition à la communication). L’époque est au pessimisme, modèle nos esprits, nous avons peur, alors que nous avons plein de raisons d’être confiants. L’espérance est un parti-pris, une décision.

Un monde se meurt, un autre naît dans lequel chacun d’entre nous est appelé à faire sa part comme dans la légende amérindienne du colibri¹ qui jette des gouttes d’eau pour éteindre le feu de la forêt… Et moi quelles sont mes gouttes d’eau ? Qu’est-ce que faire ma part dans ma vie, ma famille, mes activités ? 

Marie-Hélène Cossé

L’homme de sable, pourquoi l’individualisme nous rend malades, Catherine Ternynck (Editions du Seuil, 2011)

¹La légende amérindienne du colibri (racontée par Pierre Rabhi) :

Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! ». Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

 

 

 

 

 

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