Jean Fautrier, un artiste méconnu dans la lumière

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Partez à la découverte de Jean Fautrier (1898-1964), peintre, graveur et sculpteur français majeur du XXe siècle, pourtant méconnu du grand public, auquel le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris offre un nouvel éclairage depuis ses débuts en 1922 dans la rétrospective de 200 oeuvres qu’il lui consacre jusqu’au 20 mai.

Un artiste à la vie chaotique

Diplômé de la London School of Arts et Grand prix de la Biennale de Venise en 1960 (peu de temps avant sa mort), Jean Fautrier n’a jamais vraiment vécu de son art, même s’il a été reconnu et influent à certaines périodes de sa carrière. La première partie de son œuvre est une des plus saisissantes de l’entre-deux-guerres dont elle reflète les drames et les tensions. Il fut un homme engagé, d’où la célèbre série des « Otages » en 1944, qui l’a également inspiré en 1957 lors de l’invasion de Budapest par les chars russes. Il est considéré comme l’un des inventeurs de l’Art informel¹ qui s’impose à une génération d’artistes de New York à Paris en développant une esthétique abstraite ou « informelle » pour traduire leurs sentiments et impressions, leur expressivité (et aussi une volonté certaine de rompre avec l’influence du cubisme et du surréalisme).

« L’art moderne est sans doute né le jour où l’idée de l’art et celle de beauté se sont trouvées disjointes »
disait Malraux qui l’a soutenu pendant sa carrièreJean FAUTRIER, La Juive, 1943, Huile sur papier marouflé sur toile, 73 x 115,5 cm Don de l'artiste en 1964 Musée d’Art moderne de la Ville de Paris Crédit photographique : Eric Emo/Parisienne de Photographie © Adagp, Paris, 2017

Un artiste polyvalent

Outre la peinture, Jean Fautrier expérimente les arts graphiques (gravure sur bois et lithographie) et peint des personnages aux corps disproportionnés. Pendant sa période noire (1926-1927), il peint des œuvres d’une intensité jamais vue jusque-là, des natures mortes au propre comme au figuré. Puis son art évolue vers un gris plus doux. Il collabore aux Éditions Gallimard, sur la suggestion d’André Malraux, en vue d’une publication illustrée de l’Enfer de Dante². Puis il redécouvre l’art du dessin et du pastel aux formes rythmiques et calligraphiques (qui nous rappellent l’écriture du Japon). Obligé de se reconvertir pour vivre, l’artiste se « contentera » avant la guerre de travailler sur du papier marouflé sur des toiles et reviendra également à la sculpture. Les Otages marquent son retour à Paris pendant la guerre où il va témoigner de manière suggérée de la douleur de la mort sur un fond pastel et tendre qui suscite des sentiments contradictoires et marque les vrais débuts de l’Art informel. Puis, Jean Fautrier choisit de représenter des objets produits de façon standardisée. À la fin de sa vie, il poursuit son travail avec des toiles plus structurées dans lesquelles s’empilent et s’entrecroisent des lignes colorées, des stries, des grilles.

Jean Fautrier. Photographie d’André Ostier, 1958 © Les ayants droit d’André Ostier / Tête d’otage n°20, 1944 Huile sur papier marouflé sur toile, 33 x 24 cm Collection particulière, Cologne © Adagp, Paris, 2017

Jean Fautrier (1958) – Tête d’otage (1944)

« Matière et Lumière », le titre de l’exposition ne pouvait être mieux choisi : matières en superposition et lumière incandescente pour une peinture énigmatique et elliptique dont « on ne sait ni comment ni pourquoi on la fait » disait Jean Fautrier lui-même. À voir !

¹Aux côtés de Jean Dubuffet. Il est aussi le pionnier de la technique de la haute pâte.
²L’éditeur renoncera à son projet, le travail de Fautrier lui ayant paru trop abstrait.

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