Putain de métier !

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Depuis le 13 avril, une loi a été adoptée qui fait encourir une amende très élevée et plus si récidive, au client d’une prostituée. Ces dames pourront, si elles le souhaitent, se reconvertir en étant accompagnées tandis que les étrangères bénéficieront d’un titre de séjour. Un choix qui fait que la France rejoint des pays européens qui pénalisent le client comme la Suède, la Norvège, l’Islande ou le Royaume-Uni. Mais pas des pays où ce métier est nié comme en terre d’islam. Une enquête française et un roman iranien permettent de mieux comprendre comment fonctionne ce milieu.

Enquête sur une révolution. C’est auprès de prostituées françaises et étrangères que la journaliste SophiePP.Couverture ELLES web-large Bouillon* a enquêté pour constater que travaillent ici de 30 000 à 40 000 prostituées dont 80% sont d’origine étrangère, souvent la proie de proxénètes. Cette loi apporte-t-elle des réponses, ou comme le craignent les policiers, incertains de pouvoir appliquer la loi, ou les associations, inquiètes de voir les conduites à risque augmenter, n’est-elle qu’une solution de plus ? Seul effet positif, le délit de racolage est supprimé mais nous ne sommes pas encore parvenus au stade où sont les autres pays européens qui considèrent la prostitution comme une profession à l’image de l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce, les Pays-Bas ou la Suisse. Si la violence et la peur existent, tout comme la tendresse ou l’appât de l’argent, l’auteur ne peut s’empêcher de se poser encore et encore la question « Qui est responsable ? »

En Iran aussi… Il faut le courage d’une écrivaine iranienne réfugiée en France et déjà auteure de plusieurs Chahdortt Djavann © JF Paga -Grasset - 2015ouvrages pour nous alerter sur ce qui se passe, se pense, se dit et se vit là-bas. Car soi-disant, il serait inscrit dans les principes qui régissent l’Islam qu’il faut assassiner les prostituées ! Je reprends là les termes de la romancière Chahdortt Djavann**, qui a trouvé ce subterfuge, écrire un roman, une fiction, où sont abordées avec réalisme et humour ces questions qui dérangent ceux et celles qui veulent se cacher derrière leur voile ou la religion pour porter un jugement. En effet, les prostituées racolent dans les rues, si possible à la nuit tombée et utilisent comme moyen pour attirer leur client d’entrouvrir très légèrement leur tchador noir, comme si cette indiscrétion fugace laissait entrevoir des plaisirs interdits. À l’inverse des hommes occidentaux qui se rassasient à volonté de jambes fuselées, de fesses rebondies ou de poitrines aguichantes !

Femme qui ne dit pas son nom. Si vous n’êtes pas invisible en Iran, vous êtes une pute. Car, dit Chahdortt ©Grasset-Chahdortt-ProstitutionDjavann, une femme vertueuse est une femme invisible, portant un tchador noir que rien ne distingue des autres tchadors. Et plus encore, la prostitution dans ce pays est considérée au même titre que la corruption, la perversion ou la débauche. Les moralisateurs sont légion et ce sont eux qui s’expriment à voix haute, que ce soit en société ou dans la presse, pour dire que, si l’assassinat est condamnable selon la charia, l’élimination de ces corrompues est un devoir pour les musulmans. Selon la législation islamique en vigueur, la prostitution est un crime dont le châtiment est la peine de mort, et si la femme est mariée, elle sera condamnée à la lapidation.

La valeur des femmes. La prostitution semble être de plus en plus répandue là et ailleurs. Souvent à cause d’une très grande pauvreté car il faut être dans une situation désespérée pour choisir ce métier au risque de sa vie. À côté des mariages forcés, des viols de jeunes vierges ou de la présence de drogues qui génèrent des dépenses considérables pour les étudiantes, les femmes divorcées, la prostitution est parfois une planche de salut mais aussi un fléau qui gangrène ce pays. Deux livres qui ne laissent pas indifférents et qui nous éclairent sur la face cachée de nos sociétés, faites de compromis, de lâcheté et où la gente masculine s’est arrogée tous les droits, souvent aux dépens de la loi, si la loi existe et qu’elle est appliquée.

Vicky Sommet

*Sophie Bouillon – Elles. Les prostituées et nousÉditions Premier Parallèle
  **Tchahdortt Djavann – Les putes voilées n’iront jamais au Paradis -Éditions Grasset-208 p.-18€

 

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