Schneider : les enfants d’une œuvre

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Une de mes amies achète dernièrement un vase Schneider sur les puces bordelaises. Le musée Mendjisky m’envoie une invitation à l’exposition… Schneider. Il n’y a pas de coïncidence, juste le hasard des événements qui poussent votre curiosité !

Un trio de collectionneurs. Barlach Heuer (dont le parrain était Emil Nolde et le père un immense 20160120-SCHNEIDERcollectionneur qui a protégé les œuvres de ce dernier pendant la Seconde guerre mondiale) et les époux Serre ont durant des décennies poursuivi leur passion pour nous offrir cette exposition étonnante. En fait, Charles Schneider entre à 16 ans à la verrerie d’Auguste et Antonin Daum à Nancy, il suit parallèlement des cours à l’École des Beaux-Arts de Paris. Quelques temps après le décès de leur maître Auguste Daum, il quitte l’entreprise avec son frère Ernest pour reprendre une verrerie à Épinay-sur-Seine en 1913. En 1914, c’est la mobilisation générale, temps difficiles pour l’entreprise ! Cependant, ils sont démobilisés avec mission de produire de la verrerie médicale… l’usine reprend ! En 1918, elle est convertie en verrerie d’art.

Infatigables créateurs. Commençant dans un style Art Nouveau, ils mettent en place une création personnelle caractérisée par des couleurs très vives, puissantes, contrastées : des bleus cobalt, des orange coquelicot, des verts d’eau assortis de motifs naturalistes et stylisés dans l’esprit Art déco de l’entre-deux-guerres. Bien diffusées jusqu’aux États-Unis à travers deux lignes commerciales Schneider et Charder, pour le haut de gamme et Le Verre Français, la seconde ligne, l’usine tourne à plein régime et s’agrandit. En 1925, elle emploie jusqu’à 500 verriers ! Mais la crise de 1929 met un terme à cette aventure qui aura duré 15 ans.


Les créations sont déclinées en trois séries emblématiques
: les coupes-bijoux qui s’ouvrent sur un pied gracile, des petits vases précieux (influencés par l’art étrusque et antique) et des grands coupe puissantes. Mais on peut aussi, selon la commissaire de l’exposition, Laurence Serre, voir quelques séries qui reprennent par exemple des bords ourlés ou le travail du verre bullé, du verre à cote : le décor est gravé à l’acide ou au sable, la paraison peut être enrichie d’une nouvelle couche de verre coloré.

La fantaisie au service de l’industrie. 32 couleurs sont alors créées par un chimiste… le orangé tango, l’opale jaune, le violet et le rouge à l’or. C’est là aussi une marque de fabrique, pas de place au hasard du pigment naturel : les couleurs sont stables et donc reproductibles. Cela n’empêchera pas la créativité ! Il faut, par exemple, s’imaginer Charles Schneider, qui dormait très peu, descendre et s’essayer à tourner un nouveau modèle le matin, car à la différence de Jean Daum (qui était notaire à l’origine) lui est souffleur… Intelligents, ils produisent des verres qui seront assemblés à des bronzes par d’autres.

Plus de 300 vases se jouant de la lumière sont exposés dans cet ancien atelier du maître-verrier Barillet. Un régal ! Un grand merci à Laurence Serre, commissaire, pour m’avoir fait découvrir cette très jolie exposition, les anecdotes de la vie des Schneider et la quête des collectionneurs, car on trouve encore des pièces sur le marché.

Béatrice Leroux-Huitema
Mid&Art

Musée Mendjisky-Ecoles de Paris Schneider, Les enfants d’une œuvre. Jusqu’au 24 avril 2016
15 Square de Vergennes-75 015 Paris-Entrée sous le porche à hauteur du 279 rue de Vaugirard

 

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