Tribulations d’artistes en Chine

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Laurence de Marliave, artiste peintre et enseignante¹ et Patricia Byrs Lasquier, sculpteur et historienne d’art², lisent cet hiver cette incroyable petite annonce à laquelle elles répondent avant d’être sélectionnées : « Appel à candidatures de la ville de Zunyi³ en Chine à 50 artistes français invités en résidence pendant un mois afin de créer sur place des œuvres pour donner un nouvel élan à l’art de vivre de notre ancienne cité de sept millions d’habitants ». Récit d’une aventure hors du commun !

All included. Même si le descriptif de l’opération « Zunyi, une ville historique chinoise vue par des artistes étrangers » indique que tout est compris (le billet d’avion aller-retour, les frais de transport sur place, la fourniture du matériel nécessaire pour créer sur place, l’hébergement, tous les repas, même l’argent de poche, seul l’achat du visa sera à leur charge), il faut quand même oser pour se lancer dans une telle aventure dont par ailleurs on ne sait pas grand-chose, ni surtout quels sont les autres artistes avec lesquels on va vivre en vase clos pendant cinq semaines (qui deviennent finalement six du 30 mars jusqu’au 12 mai !). La contrepartie de tant de générosité ? Un don définitif des créations réalisées sur place : au moins une œuvre muséale de grand format et trois de petit format pour le gouvernement. Leurs interlocuteurs ? Jean-Louis Balandraud, homme de télévision, côté français et l’écrivain Ya Ding, auteur du célèbre Sorgho rouge (1987), côté chinois.


Quelle organisation !
Les artistes font connaissance pendant un voyage épuisant via Shanghai et Guiyang. Hommes et femmes en parité, de 30 à 70 ans, tous résidant en France (plusieurs nationalités mais une majorité de Français). Les cinq premiers jours sont consacrés à visiter le pays alentour pour s’en imprégner avant de se mettre au travail. Les artistes sont répartis en groupes auxquels du personnel est dédié : 30 personnes les suivent tout au long de la journée (responsables techniques, médicaux, un traducteur pour deux, etc.). Ils partagent à deux un atelier de 50 m² où ils travaillent chaque jour environ six heures. Des journalistes les suivent en permanence… Pour se détendre après le dîner, les artistes vont en ville jouer aux fléchettes, danser et boire le fameux moutai³. Chaque week-end, ils sont invités à partir en car visiter les villes et sites avoisinants, toujours accompagnés de la télévision locale et de policiers dont on ne sait jamais vraiment s’ils protègent ou surveillent…


Un musée en construction.
Quand le groupe arrive à Zunyi, il découvre le musée qui va accueillir leurs œuvres, toujours en plein travaux et pourtant fini en quelques semaines… pour l’inauguration début mai. Au fur et à mesure des jours qui passent la pression monte entre les artistes ! Le temps presse, ceux qui pensaient en avoir au départ ne sont finalement pas prêts… Le jour de l’inauguration, chacun est appelé solennellement sur scène et se voit remettre un cadeau et un diplôme. Quand les visiteurs pénètrent dans le bâtiment, certains n’étaient jamais venus dans un musée, d’autres voyaient pour la première fois des longs-nez. Leur surprise est émouvante !

 

Si le plaisir de retrouver les siens au retour est le plus fort, Laurence et Patricia, devenues inséparables et envisageant même d’enseigner de concert, ont la nostalgie de l’incroyable aventure qu’elles ont partagée, tristes de quitter cette vie privilégiée au bout du monde, même si elles ont dû beaucoup travailler, sous pression souvent. Dans ce pays où tout est géant (les champs de thé visités à perte de vue, les usines, les aqueducs), où les villes sont inquiétantes, elles ont découvert la Chine profonde, celle du peuple souriant et accueillant, où la plus vieille civilisation du monde se met à la recherche de son histoire disparue dans les méandres de la révolution…

Marie-Hélène Cossé

¹Les Ateliers de l’Étoile, 5 rue de l’Arc de Triomphe, Paris 75017, Tél. 01-46-40-05-09, où Laurence de Marliave et son équipe offrent depuis 2001 des activités multiples autour des arts plastiques à tous ceux de 7 à 77 ans qui ont envie d’apprendre à dessiner et à peindre.
²Atelier 31 – patricia.lasquier@wanadoo.fr.
³La ville de Zunyi est située au sud-ouest de la Chine à 900 mètres d’altitude, à 200 kilomètres au nord de Guiyang, capitale de la région du Guizhou, au bord du Fleuve Rouge (paysages karstiques, falaises, cascades, grottes, mer de bambous). Elle est peuplée de nombreuses minorités ethniques du sud de la Chine conservant leurs coutumes (Buyi, Dong, Miao et Shui).
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Le moutai est un alcool blanc distillé à base de sorgho fermenté et de blé qui titre entre 35 et 53° dont le nom provient d’une ville proche de Zunyi dans laquelle il est produit. Pour porter des toasts : « Ganbei ! » qui sonne plutôt « kampé » à nos oreilles.

 

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