Vie d’ordures au Mucem

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Une exposition sur les déchets ? Depuis des années, on s’applique à choisir la bonne poubelle, à ne pas mélanger épluchures et canettes. Et il faudrait se déplacer au Mucem, le beau musée ethnographique de Marseille, pour aller voir « Vies d’ordures » ? Non merci ! Erreur. Le Mucem propose une belle rencontre avec une part de notre humanité.

Vivre des ordures.
Pour une part, les déchets ont un destin après la poubelle. Dispersés par le vent, abandonnés dans les fossés, le long des mers, ou jetés au pied des collines, dans les décharges, ils ont une seconde vie, que leur offrent des femmes et des hommes dont l’exposition montre désormais les visages. On connaît les grands acteurs économiques, comme  le groupe Suez, qui ne s’effraye pas devant les millions de tonnes de déchets à traiter, dont plus de 30 en France issus des seuls ménages. Mais on ignore tout des artisans du moins que rien, des chercheurs du rebus, des anonymes du petit matin des poubelles. Ces humains qui  vivent des ordures, et parfois dans les ordures.

Les Roms et Gueigs à Tirana, Albanie, 2014l © Franck Pourcel—Production Mucem 2014-2017

Les Roms et Gueigs à Tirana, Albanie, 2014© Franck Pourcel—Production Mucem 2014-2017

Des hommes dans les décharges. Chiffonniers, biffins et autres estrassaires, comme l’on dit du côté de Marseille, ramassent, récoltent, revendent, s’ils peuvent. C’était vrai il y a un bon siècle. C’est toujours vrai. Il y a même une hiérarchie du chiffonnier. À la fin du 19è siècle en France, ceux qui étaient reconnus avaient une plaque. Aujourd’hui au Caire, certains font le ramassage dans des triporteurs rutilants et joyeux, dont l’un d’eux a été rapporté au musée. Et puis il y a les miséreux, que l’on n’imagine pas, que l’on ne voudrait pas imaginer. Ils sont là-bas, accrochés aux flancs de 30 mètres de haut de la décharge de Casablanca, arrachant le meilleur des immondices aux immondices. Si nombreux et si efficaces que chaque jour ressort de la décharge le tiers de ce qui y est conduit…

Une chaise en pneu. Ce qui est malgré tout terriblement réjouissant, c’est qu’à tous les niveaux de cette gigantesque économie des ordures, les êtres ont une inépuisable ardeur imaginative, pour réparer, traiter, recycler, transformer les déchets. Des femmes et des hommes font surgir d’un pneu une jarre, une chaise ou un seau, de boîtes d’aluminium des pelles à… ordures, des matières plastiques des tapis tissés ou des corbeilles tressées. Certains font de l’art sans le savoir. D’autres en le voulant. Le français Lionel Sabatté a ramassé, pendant des jours, tous les gros moutons de poussière de la station de métro Châtelet à Paris. Il les a traités, agglomérés : il en a fait des sculptures. Un de ses « loups » se dresse, insolent, au Mucem.

Génie créatif. Entre les Zabbalin du Caire, qui ont fait de leur quartier une grosse PME de la collecte et de la transformation des déchets, et l’ingénieur français qui a inventé la machine de tri optique, exposée elle aussi au Mucem, un lien d’une force évidente existe : la puissance du génie créatif. Ouf, soyons optimistes : l’homme sait déjà faire du neuf avec du vieux, dépolluer les sols avec des plantes, un jour sans doute, il saura nettoyer les mers et traiter les déchets nucléaires !

Dominique Burg-Faure
Mid&Sud-Est

Mucem- Marseille- Vies d’ordures jusqu’au 14 août 2017.

Acheter recyclé. À deux pas de l’exposition, et en lien avec elle, Oumy Kamara a ouvert sa boutique éphémère. Cette créatrice, originaire du Sénégal, installée à Marseille depuis 20 ans, y propose, dans un tourbillon insolite de couleurs : des objets, bijoux, petits meubles, fabriqués à partir de matériaux recyclés, ses créations et celles de ses copines d’Afrique. À voir et à acheter au Fort Saint-Jean jusqu’au 30 mai.
Lou’ Bess au Mucem

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