Catherine Onnée, quand l’envie dépasse la peur

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Si les femmes aujourd’hui sont de plus en plus présentes dans le monde hippique, qu’elles soient entraîneurs, propriétaires ou éleveurs, c’était loin d’être le cas dans les années 1980 où Catherine Onnée a 20 ans. Cette passionnée de compétition et de chevaux nous conte ses aventures de jockey, puis de cavalière de saut d’obstacles. 

Jockey amateur. Catherine a toujours eu des chevaux autour d’elle. Elle monte en concours d’obstacles dès 12 ans et découvre à 16 ans l’adrénaline que procure d’être en selle sur un cheval de course lorsque son oncle, entraîneur, lui propose d’essayer. Elle devient ainsi de 1980 à 1988, en parallèle de ses études, jockey amateur (les femmes à l’époque ne pouvant pas être jockeys professionnelles). Elles ne sont alors qu’une dizaine de femmes à pratiquer dont la célèbre Darie Boutboul¹.

©Catherine Onnée - Mid&Plus

« Les chevaux restent la plus belle conquête de l’homme, un animal qui nous comprend. Ce sont des éponges. Ils ont un comportement différent en fonction de la personne qui les monte et sont capables de vous déchiffrer en un instant. J’ai monté plein de chevaux différents et pour certains c’était comme d’avoir une Ferrari entre les jambes ! »

©Catherine Onnée - Mid&PlusPendant que ses amis sortent et vont danser, Catherine pratique ce sport de l’extrême… Elle est casse-cou, garçon manqué, aime la vitesse et éprouve des sensations jamais retrouvées en concours hippique, sport très technique où il faut plutôt avoir le sens de la trajectoire. « Dans la course, il faut de la concentration. On est dans l’instant, tout se décide en un quart de seconde ! » Elle tombe une fois, reste 48 heures dans le coma, la rate éclatée : « Beaucoup ont peur. J’ai eu peur après ma chute pendant les trois premières courses, mais j’avais une super jument que je voulais monter… L’envie dépasse alors la peur ! »

Cavalière CSO. Le temps passe, ce sport est exigeant (une dizaine de courses par an de mars à octobre qui nécessitent un entraînement intensif) et interdit à Catherine de faire toute autre chose. Or elle a justement envie de faire de la voile, voir ses amis…, elle décide alors de renoncer aux courses et retourne aux concours hippiques. Puis elle se marie et a deux enfants… qu’elle met en selle. Son fils Clément devient vice-champion de France et sa fille Cécilia championne de Bretagne, tous deux en saut d’obstacles .  « Une fille pas sportive ? Impossible pour moi ! Quand il pleuvait je leur disais que ce n’était pas grave et qu’on sortait quand même. Ils ont essayé d’autres sports, mais sont revenus à l’équitation. »

À 45 ans, Catherine décide d’arrêter la compétition de saut d’obstacles. Elle a essuyé deux ou trois coups durs et a un problème au genou, son corps ne suit plus. Elle rappelle à quel point l’équitation est une pratique exigeante et difficile, mais qui apporte tellement. Son conseil ? Ne jamais baisser les bras, persister et travailler pour vivre une passion riche en émotions.

« Cela m’a appris l’effort, la rigueur et apporté un équilibre mental,  je dirais même une force, puisée au plus profond de moi. Quand le moral est sous zéro, faire une balade à cheval en forêt au lever du jour quand la nature s’éveille, galoper, puis descendre de sa monture reboostée pour toute la journée ! ». 

Aujourd’hui, Catherine profite de la vie, consciente de ce qu’elle peut faire et de ce qui serait risqué…
« Chaque âge a ses plaisirs, mais ce sport est dans mes gènes et fera toujours partie de moi d’une façon ou d’une autre. Et, qui sait, d’ici quelques années, j’espère partir en balade à cheval suivie de mes petits-enfants… à poney ! »

Marie-Hélène Cossé

©Catherine Onnée - Mid&PlusLes questions Mid&Plus

  • Faire carrière ? Je n’ai jamais été carriériste, j’ai toujours donné la priorité à mes enfants et à ma passion de monter à cheval. Devenue notaire en 1989, il aurait fallu jouer des coudes pour faire carrière et s’investir à 300%. J’avais une maison, des chevaux, des enfants, j’ai choisi de travailler à 4/5ème.
  • Le cap des 50 ans ? Je l’ai passé sans le voir ni avoir aucun coup de blues ni aucune manifestation physique. Le plus difficile a été que mes enfants s’en aillent (le syndrome du nid vide…).
  • Votre tenue vestimentaire préférée ? Jean, chemise ou tee shirt, pull sur les épaules, talons medium.
  • Votre rituel du matin ? Jus d’orange et m’étirer dans mon lit.
  • Votre livre en cours ? Joël Dicker « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert » (Éditions de Fallois, 2012).
  • Vos modèles de femmes ? Ma mère et ma grand-mère. J’ai perdu ma mère jeune et j’ai été élevée par ma grand-mère qui ne m’a jamais quittée et m’a aidée à élever mes enfants le moment venu. 
  • Quelle femme auriez-vous aimé être ? Simone Veil ou Mère Teresa, des femmes qui font bouger les choses.
  • Votre message à votre fille ? Nous avons la force de la volonté et le pouvoir de transmettre. Une femme peut faire tomber toutes les barrières !
  • Un talent ? Douée en pâtisserie !

¹Darie Boutboul, née en 1958, est la première femme française titulaire d’une licence de jockey amateur à avoir gagné une course du tiercé (Prix de la Plaisance en selle sur Abdonski en à Longchamp). Les femmes, amatrices ou professionnelles, ont désormais leurs courses réservées bien qu’elles soient aussi autorisées à monter avec les jockeys. En 2006, au lancement du circuit réservé aux femmes, il y avait 22 licences professionnelles délivrées à des femmes contre 26 aujourd’hui (plat et obstacle confondus). Cela reste peu par rapport aux 639 hommes jockeys qui exercent la même profession en France…

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