Diane Olivan, une arbitre à la table

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Au bridge, sur les soixante arbitres nationaux français, on compte seulement quatre femmes. Diane Olivan en est une depuis 2014. Cette matheuse éclairée enseigne depuis plus de vingt ans sa passion avec calme, assurance et un sourire tout en rondeurs. Sa nouvelle charge exige qu’elle arbitre trente compétitions fédérales par an dans sa région, le Languedoc-Roussillon. 

Diane est arrivée au bridge par hasard. Elle aimait les cartes, jouait régulièrement à la belote et au tarot. Un ©Diane Olivanjour, une de ses partenaires ayant besoin d’un quatrième pour prendre des cours de bridge lui demande de se joindre à elle. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que Diane est la seule des quatre à avoir continué à s’investir dans le jeu… Le bridge devient très rapidement, à une époque de sa vie où elle s’ennuie, une passion dévorante pour elle. Aujourd’hui, son emploi du temps c’est l’arbitrage (organiser des compétitions et des tournois, s’assurer de leur bon déroulement et que les règles du jeu soient respectées), la compétition, l’enseignement et l’animation journalière de son club de bridge. Plus une minute à elle, inutile de lui demander de répondre aux émails.

Pourquoi jouer au bridge? Parce que c’est passionnant ! On élabore sans arrêt des stratégies, les cellules grises sont en activité maximale, on met au point des enquêtes à la Hercule Poirot. C’est une véritable gymnastique de l’esprit. Par ailleurs, le bridge maintient un lien social fort chez certaines personnes. Chez les moins jeunes, il permet de rester coquet, de s’habiller pour se montrer à son avantage…

Qualités du bridgeur. Le jeu est souvent ardu et l’ambiance peut-être tendue à la table… Les qualités les plus importantes sont la concentration et le bon sens. « Pour une matheuse, les cinq premières années sont plus faciles que pour une personne qui n’a pas cet esprit logique » explique Diane. Mais les non-matheux peuvent avoir d’autres qualités de psychologie ou d’observation et être meilleurs que les matheux.

Un vocabulaire au second degré. Le bridge est un jeu original au vocabulaire particulier. On entendra parler « d’affrancMain-6hir ses mineures » (faire un maximum de levées avec les trèfles et les carreaux) ou de « tuer le mort » (rendre inutile le joueur qui a abattu ses cartes sur la table). On découvrira aussi que la réussite d’un contrat dépend « d’une belle longue » (vous avez compris qu’il s’agit d’une couleur, même quand c’est un homme qui parle…) On peut enfin, pendant l’élaboration du contrat, entendre une petite dame bien comme il faut dire : « vous poussez, vous poussez, partenaire, mais vous oubliez que j’ai une petite ouverture » (quand le partenaire de la dame surenchérit trop haut alors qu’elle n’a pas, ou à peine, douze points pour ouvrir).

Une majorité masculine. Le bridge, comme le tennis, est classé en fonction du niveau des joueurs. C’est une pyramide où se trouvent plus de femmes que d’hommes à la base…, mais plus on monte dans le classement, plus la parité s’inverse pour finir, au plus haut niveau, à devenir à forte majorité masculine.

Pourquoi ? Diane estime que les raisons restent à définir, c’est un constat qui l’accable, mais elle n’a pas de réponse. Pour sa part, son mari, un bridgeur avec qui elle travaille notamment dans le club qu’elle anime quotidiennement, l’a fortement encouragée à accéder au niveau national en tant qu’arbitre. Diane se serait contentée du niveau fédéral.

Un univers de machos ? Après la lecture des anecdotes suivantes vous déciderez si le bridge est macho ou non…

– Un monsieur affirme : « Le bridge avec un partenaire c’est une compétition, avec une partenaire c’est une épreuve ».
–  « Un jour quespades-884197_640lqu’un me félicite après un tournoi. Bravo ! Vous jouez comme un homme. » raconte Diane.
– Un grand champion passe devant une compétition féminine, regarde les noms des compétitrices et désigne une paire en bas de la liste. : « Voici mes favorites », déclare-t-il. Quand on lui demande pourquoi, il répond : « Ce sont les seules que je n’ai jamais vues jouer ! »
– De façon plus grivoise, un monsieur passe devant une salle de compétition d’hommes : « On devrait supprimer les compétitions dames, ce sont des épreuves sans queue ni tête », affirme-t-il.
– À ses débuts, comme il y a un temps limité dans les compétitions, un des gentils partenaires de Diane lui dit : « Comme tu vas faire une bêtise, sois gentille, fais-la vite ».

– « Excusez-moi, je joue plus mal de jour en jour », dit une dame ; « Et aujourd’hui vous avez joué comme demain ? » répond un monsieur.

L’avenir du bridge. Pour que ce sport cérébral ne soit pas désaffecté par les jeunes, la Fédération Française de bridge investit de plus en plus dans la formation des collégiens et des lycéens à partir de dix ans. Voilà pourquoi il semble important que les parents sensibilisent leurs enfants à ce jeu, à la gestion d’un partenariat et à l’apprentissage de stratégies logiques basées sur des statistiques. Une attitude extrêmement formatrice tout en restant ludique pour les petites filles comme pour les petits garçons.

Isabelle Brisson
Mid&SudOuest

©Fédération Française de BridgeFédération Française de Bridge
Pour apprendre ou se perfectionner : Le système d’enseignement français par Fédération Française de Bridge (Éd. Université du Bridge, 2012).
Tout le matériel pour le bridge sur le site Le Bridgeur.

 

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