Julie et Méline, gendarmes au féminin

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A Murviel-lès-Beziers (Hérault) sur 22 gendarmes il y a 5 femmes. Ce chiffre varie selon les casernes, mais la profession est loin de la parité, même si le nombre de femmes augmente. Nous avons rencontré deux d’entre elles.

Près de 40 ans de service pour les femmes

La première femme a été incorporée en 1980. On les appelle un « gendarme féminin ». Il n’y a pas d’autre mot pour les déterminer. « La « gendarmette » c’est du Louis de Funès », explique Julie Gérard, Maréchal des logis. Elle va fêter ses vingt ans de service et prendra sa retraite à 56 ans. Méline Avinenc, adjoint de sécurité est sous contrat de deux ans renouvelables. « Une femme n’éprouve pas plus de difficultés qu’un homme. Ce n’est pas une question de sexe, mais de gabarit », explique cette dernière. « Quand on est menue, les jeunes font les fanfarons. En revanche un enfant et une femme se confient plus facilement à nous. Les femmes sont fouillées par des femmes ».

Des montées d’adrénaline

« En tant que service public nous sommes à la disposition de la population », remarque Julie. « Certains veulent savoir s’il fera beau demain, qu’on remplisse leur feuille d’impôts ou racontent leur vie sexuelle. On est confronté à la misère du monde, à des conflits générationnels, à une gestuelle spéciale, à des problèmes au sein de la cellule familiale, … Lors d’une bagarre j’ai maîtrisé fortement un jeune homme. Alors je pensais à ne pas prendre un mauvais coup et à aller jusqu’au bout de mon action. Il ne faut pas trop cogiter. C’est après qu’on analyse la situation et qu’on se dit qu’on a eu de la chance. Les montées d’adrénaline c’est grisant. Je n’en ai jamais ressenti de pareilles ailleurs. »

©Les femmes en gendarmerie - Mid&Plus

Des sacrifices impressionnants

La gestion administrative ne convient pas à Méline, il lui faut bouger. Pour ce faire, elle devra passer le concours de sous-officier. Être gendarme n’est pas routinier, il y a le contact avec les gens, c’est droit, carré. Cela demande de la maîtrise de soi, de garder ses émotions, d’être volontaire, calme, vigilant, courageux, respectueux. Le but est la protection. « On sait qu’il faut d’abord penser aux autres, mais le moment venu ce n’est pas toujours facile. Voilà pourquoi des sacrifices comme celui du Colonel Arnaud Beltrame sont impressionnants.  Le métier est dangereux, l’uniforme protège et les collègues aussi. On n’intervient jamais seul à Murviel, on est au moins deux, surtout en patrouilles de nuit. »

Sonder ses limites

« À la maison on ne me croyait pas capable de réussir le concours », confie Julie. « À l’entraînement on teste votre force de caractère. Courir 10 kms en portant 6 kg, ramper dans la boue, bivouaquer dans la neige, manger des repas lyophilisés chauffés sur un petit réchaud, se changer plusieurs fois par jours, … Être gendarme m’a permis de vaincre mes difficultés familiales et de m’épanouir. De caractère fort, j’étais indépendante, je me sentais incomprise. Le côté militaire sonde vos limites, il y a la pression des supérieurs, des victimes et des situations. J’ai été attirée par l’aide aux personnes, surtout aux enfants. C’est beaucoup d’investissement par rapport à ses propres enfants qui ne voient pas pourquoi leur maman part en pleine nuit. Et par rapport au conjoint qui doit être compréhensif. Nous logeons tous dans la caserne. Mon conjoint est prothésiste dentaire, deux gendarmes dans la même famille c’est trop compliqué, il faut jongler avec les astreintes et les repos. »

« Si sur les routes on est mal vu par les contrevenants, il y a la reconnaissance de ceux qu’on aide à résoudre un problème », conclue Julie. « Supporter les accidents de la route est dur à gérer, pas toujours assorti d’un suivi psychologique. Notre vision du monde change. On perd notre naïveté, on calcule. Les proches vous le reprochent parfois. »

Isabelle Brisson
Mid&SudOuest

À voir sur TMC une série d’émissions « Enquêtes exclusives» Gendarmerie et ruralité où il est question du Languedoc.

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