« I love Jeanne Lanvin »

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Pas plus « couture » finalement que Jeanne Lanvin (1867-1946). Plus discrète que la mythique Coco, elle avait pourtant un goût fou et un talent incroyable pour sentir son époque ou lancer les tendances. Jeanne Lanvin, c’est le chic absolu, une manière bien à elle « d’imposer son idée de la mode quand la mode n’était pas encore une idée », mais surtout un incroyable sens des affaires. Une Parisienne formidablement moderne, une business woman avant l’heure, à découvrir en ce moment à travers la première rétrospective qui lui est magistralement dédiée au Palais Galliera. Il sera so chic de dire après : « I love Jeanne Lanvin ».

La maternité, moteur de création
C’est par son statut de femme et surtout de mère que Jeanne rentre dans l’histoire de la mode française en créant sa propre maison en 1909, après la naissance de sa fille chérie Marguerite, sa muse, son éternel motif de joie et de dépassement. « C’est pour émerveiller sa fille qLes petites filles mode¦Çles (dessin),  1925 -® Patrimoine Lanvin (300)ue, de fil en aiguilles, elle émerveille le monde » disait d’elle la poète Louise de Vilmorin. Intuitive et curieuse, elle aime, comprend comme personne le monde qui l’entoure et invente toute sa vie des concepts d’une modernité absolue. En conciliant ses responsabilités de mère et sa carrière, Jeanne Lanvin impose, comme personne avant elle, la maternité comme un moteur de création. Sa maison ouvrira différents départements : tenues pour enfants et jeunes-filles, mais aussi en 1923, ce département décoration qui imposa l’Art Déco et l’idée que la mode ne se suffit pas à elle-même, mais qu’elle doit s’incarner dans une forme de lifestyle dont elle devient l’ambassadrice ultra-raffinée.

Principe de « marque »
« La Diva », robe du soir, hiver 1935-1936 Velours de soie bleu nuit, broderies de paillettes métalliques argentées superposées Collection Palais Galliera © Katerina Jebb, 2014 + Dessin Maison Lanvin « La Diva », hiver 1935-1936. © Patrimoine LanvinC’est donc elle qui inaugure le principe de « marque » et s’enracine dans l’éternité avec la sortie en 1927 de son parfum Arpège. Sur le flacon boule devenu mythique, apparaît le premier « logo » dessiné par Armand-Albert Rateau (avant cela, les maisons de couture signaient uniquement du nom de leur créateur). L’odyssée Lanvin s’écrit aussi au fil des voyages de Jeanne qui rapporte des pièces de tissus du monde entier et se constitue une bibliothèque d’étoffes qui inspire ses plus beaux modèles, autour de motifs ou de thèmes venus d’ailleurs, de la culture japonaise ou encore persane. Pas de rétrospective possible sans s’attarder sur ce « bleu Lanvin » doux et profond, ce bleu quatrocento qu’elle rapporta de Florence après être tombée en arrêt devant une fresque de Fra Angelico. Ce bleu unique, ce « morceau de ciel trempé dans un champ de lavande » qui symbolise l’attrait de Jeanne pour la couleur, même si le noir, reste pour elle, celle du chic absolu.

L’esprit Lanvin
« Alcmène », ensemble du soir, 1929 Crêpe de soie rose, broderies de cristaux Swarovski et de tubes Collection Palais Galliera © Katerina Jebb, 2014Vert Velasquez ou rose Polignac, du nom de l’époux de sa fille viennent illustrer tout aussi bien ses heureuses envolées chromatiques. Jeanne Lanvin mourut dans son sublime hôtel particulier de la rue Barbet-de-Jouy en juillet 1946. Alber Elbaz qui œuvre depuis 2004 à illustrer et transmettre l’esprit Lanvin a bien entendu participé à construire cette exposition, avec toute la délicatesse et la simplicité inspirée qu’on lui connaît, depuis son passage « dans le temps » chez Guy Laroche, puis chez Yves Saint-Laurent.

 

affiche LanvinPourquoi faut-il voir cette expo ? Et bien tout simplement parce qu’il ne faut pas oublier de célébrer l’esprit de ces belles maisons de couture françaises afin de le faire perdurer ; mais aussi parce qu’il ne nous est pas interdit, en tant que femmes, de nous montrer fières de toutes ces créatrices extraordinaires (Madeleine Vionnet, Jeanne Paquin, Gabrielle Chanel, les Sœurs Callot, Madame Grès…) qui les créèrent en leur temps. En ce faisant, elles participèrent, avec grâce et caractère, à inscrire la mode dans l’immensité fertile d’un monde où le « Luxe » dans toutes ses formes, demeure la traduction la plus onirique et la plus joyeuse du génie humain.

Astrid Renoult

www.palaisgalliera.paris.fr
De nombreux ateliers sur réservation en marge de l’exposition, dont notre préféré : « Mon bracelet Art Déco » où l’on s’initie à la technique du tissage de perles sur métier pour des réalisations géométriques sublimes. Jeune public à partir de 13 ans et adultes. Durée 4h. Réservations : Marie-Jeanne Fuster. 01 56 52 86 21. marie-jeanne.fuster@paris.fr

PALAIS GALLIERA, MUSÉE DE LA MODE DE LA VILLE DE PARIS-v10 avenue Pierre Ier de Serbie 75116 Paris – Tél : 01 56 52 86 00 -Horaires d’ouverture : Du mardi au dimanche de 10h à 18h.Nocturne les jeudis jusqu’à 21h-Fermé les lundis et les jours fériés . Fermeture des caisses 45 minutes avant l’heure de fermeture.

Crédits Photos: Jeanne Lanvin par Harcourt © Patrimoine Lanvin-« Les petites filles modèles », robe pour enfant, 1925 Organdi brodé de rosettes en organdi et dentelle Patrimoine Lanvin © Katerina Jebb, 2014 -« La Diva », robe du soir, hiver 1935-1936 Velours de soie bleu nuit, broderies de paillettes métalliques argentées superposées Collection Palais Galliera © Katerina Jebb, 2014-« Alcmène », ensemble du soir, 1929 Crêpe de soie rose, broderies de cristaux Swarovski et de tubes Collection Palais Galliera © Katerina Jebb, 2014

 

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