Judith Gratz : la Bottega du peintre*

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Peintres en herbe… il faut savoir arroser. C’est un réel plaisir de se retrouver entre artistes amateurs ou confirmés, mais tous réunis dans une même envie, peindre une copie de grands maîtres, en rLa Bottega du Peintreeproduisant au plus près la ressemblance avec l’œuvre originale. Copistes oui, mais fiers de l’être, pour nous pénétrer des gestes, des émotions et des intentions d’un Chardin, d’un Raphaël, d’un Zurbarán ou d’un Corot. Et si vous arrivez avec peu de connaissances sur l’art en général, vous repartirez de ce cours de peinture avec une certaine érudition glanée dans les conversations : « As-tu vu l’expo Rembrandt à Amsterdam ? » ou « Je suis allée visiter le Château de Champ de Bataille, une merveille ! » ou encore : « Je voudrais peindre une vache, qui me conseillez-vous ? Julien Dupré ou Andy Warhol ? ». Mais là, je vous arrête tout de suite, inutile d’évoquer l’art du 20e siècle, nous peignons classique ! À la manière des grands peintres avec quatre étapes : la mise aux carreaux, le camaïeu, la couleur avec l’huile et le glacis pour finir. Tout comme pour les toiles accrochées aux cimaises du Louvre, de la National Gallery ou de l’Ermitage à Saint Pétersbourg. Pas moins !!!

« C’est pas l’esprit, c’est l’œil ! ». C’est en regardant, subjuguée, une émission de télévision montrant la © Judith Gratzrestauration de la Galerie des Glaces à Versailles, que Judith Gratz s’est dit : « C’est ça que je veux faire plus tard ». Être en contact avec les œuvres, leur histoire, la noblesse du métier, tout l’attirait. « Comme je n’avais aucune imagination et que j’étais très minutieuse, je pensais que ça collerait bien avec mon tempérament ». Elle décide de passer son bac, option art plastique, s’inscrit à l’École du Louvre et apprend à regarder les tableaux autrement : « Je me suis tout de suite intéressée aux matériaux même si c’est d’abord la représentation qui fait vibrer quelque chose en nous, l’iconographie, les couleurs ou les textures, alors que la restauratrice regarde d’abord les altérations, les retouches, l’historique du tableau … ».

Une bonne restauration doit durer un siècle. Comme un médecin qui reçoit un patient, Judith Gratz établit un diagnostic. ©Judith Gratz-MidetplusElle fait ensuite des tests qui détermineront le constat d’état en répondant à des critères très précis comme la stabilité ou la réversibilité qui consiste à savoir quels matériaux utiliser pour imiter au mieux le rendu original mais qui pourront facilement être retirés par les prochains restaurateurs. Autrefois, le tableau était réalisé par un artisan-peintre, il est maintenant l’œuvre d’un artiste-peintre. « C’est un métier passionnant car chaque tableau est un cas particulier. Mon seul problème, les produits toxiques comme les solvants pour le nettoyage des toiles où, même avec des masques ou des hottes aspirantes, notre santé est menacée ».

Professeur, son second métier. Pour arrondir ses fins de mois, Judith Gratz a toujours parJudith Gratzallèlement donné des cours de peinture : au départ, 10% de cours et 90% de restauration qui se sont vite inversés en 90% de cours et 10% de restauration. Un déclic et elle a sauté le pas « Je restaurais une série de portraits pour un client, des portraits d’ancêtres très conventionnels, austères et tristes, que j’accrochais sur les murs de l’atelier. Les voir toute la journée me regarder m’a fait ressentir comme une overdose et j’ai eu envie de les remplacer par les tableaux de mes élèves ». Elle est convaincue que chacun peut, si on ne lui impose pas une contrainte de temps ou de sujets, se laisser aller à créer et se sentir en confiance devant une toile vierge.

Changer encore… et pourquoi pas ! Sa troisième vie est devant elle. Judith Gratz a maintenant envie de monter une académie de peinture, à l’image de celles que fréquentaient en 1648 les artistes avec la première Académie royale de peinture. Pour peindre hier, il fallait commencer par broyer des couleurs chez un maître, aujourd’hui, l’élève pratique la peinture qui lui procure des émotions : on discute, on corrige, on échange, on critique ou on complimente, mais c’est toujours pour apprendre à peindre. Reste que ses deux filles prolongent son goût pour l’art, l’une s’appelle Artemisia, une artiste-peintre italienne du 17e siècle et l’autre, Saskia, peut-être en souvenir de l’épouse de Rembrandt qui fut aussi son modèle préféré …. !

Vicky Sommet


*La Bottega est le nom italien, utilisé au XVe siècle, qui désignait une boutique, un local ouvert sur l’extérieur. Judith Gratz a installé son atelier avec une vitrine donnant sur la rue Notre-Dame-de-Lorette où passent les touristes qui montent vers Montmartre et qui marquent un arrêt devant les toiles exposées. Parfois, ils entrent pour demander un prix, le nom de l’artiste ou … simplement la permission de regarder.

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