Oytun Camcigil, mémoire des bijoux d’Orient

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Patrimoine culturel à part entier, le bijou est l’objet qui se transmet de génération en génération par excellence. Oytun Camcigil, créatrice, collectionneuse, historienne de bijoux du Moyen-Orient, donne une nouvelle vie à l’objet ancien en faisant du « neuf avec du vieux » et ainsi perpétue la tradition…

Quand une passion se transforme en une activité lucrative. Élevée à Istanbul auprès d’une maman déjà collectionneuse, Oytun Camcigil a eu la chance de grandir près d’un des bazars les plus mythiques du monde. Sans doute une grande source d’inspiration qui jouera un rôle important dans sa vie, puisque dès son plus jeune âge elle ne porte que des bijoux de sa propre création ! À peine ses études d’architecture finies, elle déménage à Dubaï en 1981 pour y suivre son mari. C’est l’année de la création du Conseil de coopération du Golfe comprenant les Émirats Arabes Unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Koweït, Oman et le Qatar. C’est une année riche en progrès politiques pour la région mais le développement économique n’arrivera que bien des années plus tard et les activités restent limitées. En plus, des enfants en bas âge obligent cette jeune maman à passer du temps chez elle. Que faire ?  Lors des soirées mondaines, les femmes expatriées et locales s’extasient devant les bijoux qu’elle porte, la plupart ses propres créations. Face à une demande persistante, elle commence à en confectionner pour ses amies et c’est ainsi que tout commence.


Sp
écialiste des bijoux traditionnels du Moyen-Orient.
Le nom de « bijoux d’orient » fait référence à une vaste superficie géographique où les traditions en matière de bijoux et d’ornements sont aussi différentes que les cultures. Ainsi pendant 35 ans, Oytun Camcigil va naviguer entre les Émirats, Oman, le Qatar et la Turquie. Des lieux de vie qui lui permettent de trouver son inspiration tout en écumant les souks (principalement ceux du sultanat d’Oman). Sous cette influence, elle se lance dans la fabrication de bijoux en argent et en or, massif ou plaqués, et en pierres semi-précieuses. Le plus souvent elle essaie d’utiliser des pièces anciennes qu’elle adapte pour redonner vie à ces objets. Si ce n’est pas possible alors elle les fait reproduire, surtout que les bijoux de la région deviennent très recherchés, rares et chers. Ici il n’est pas question de mode, mais d’histoire et de tradition : talismans et amulettes comme la Khamsa  (main de fatma) ou le Nazr Boncugu (l’œil bleu), turquoise, lapis-lazuli, cornaline, hématite, corail, ambre, perles sont utilisés pour leurs propriétés. Colliers, boucles d’oreilles, bagues, bracelets jaillissent de son imagination et deviennent réalité !


Derri
ère son succès.
Des qualités personnelles certaines : son talent et son penchant pour la précision, sa technique et sa discipline de fer. Sa devise : « Ne jamais abandonner avant d’être totalement satisfaite » et peut-être aussi « Faire et défaire, ce nest pas travailler… », et tout cela peut prendre beaucoup de temps ! Chaque euro gagné est réinvesti dans l’achat de bijoux anciens, soit pour sa collection personnelle, soit pour des matières premières pour ses création. Ses bons contacts à Istanbul complémentent la réalisation des pièces nécessaires à sa production.

 

Un héritage à transmettre. Sa passion pour les bijoux est sans borne. En parallèle, elle développe aussi une SB rev 2 DSC_0011(1)impressionnante collection personnelle. Ce n’est pas seulement l’achat qui est important, c’est l’histoire et la provenance du bijou raconté par le vendeur. Pour Oytun, il est primordial de sauvegarder l’histoire vivante et de la transmettre aux générations futures – transmettre ainsi une partie de sa vie et d’elle-même à ses deux fils. Elle en a trouvé le moyen à travers Eastern Treasures – un magnifique livre de photographies qui retrace l’histoire et les détails de sa collection privée de bijoux authentiques et entiers omanais, ottomans et yémenites, ainsi que ses créations.

La prochaine étape. Oytun retournera bientôt vivre sa retraite (si l’on peut dire) à Istanbul, mais une retraite pleine de projets déjà en cours avec un immeuble à retaper et décorer pour y installer sa boutique, un atelier, une salle d’exposition et de studio d’artistes, ainsi que quelques chambres d’hôtes pour découvrir l’Istanbul qu’elle connaît. À suivre donc…

Béatrice Hissette et Sylvie Zabner-Decrop
Où puis-je garer mon chameau ?
Mid&Émirats Arabes

Oytun Camcigil – Email : oytun@eastern-treasures.com
Eastern Treasures – Oytun Camcigil – Gilgamesh Publishing– Parution : Été 2016
Photos :
©Oytun Camcigil- Béatrice Hissette-Sylvie Zabner-Decrop

 

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