Sayuri Daimon, une journaliste qui crève le plafond de verre

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En 2013, Sayuri Daimon devient rédactrice en chef du Japan Times (tirage 44.000 exemplaires), seul quotidien d’information en anglais sur le Japon destiné aux étrangers résidant dans le pays et à l’étranger, mais aussi aux japonais souhaitant recevoir un autre regard sur leur pays. Elle est la première femme à être nommée à un tel poste au Japon !

Internationale, comme le  quotidien qu’elle dirige

Décision inhabituelle pour le Japon,  ses parents l’envoient  finir ses études secondaires en Pennsylvanie. À son retour, elle intègre le département de langue anglaise de l’université de Sophia à Tokyo et terminera sa maîtrise de politique internationale dans le cadre d’un programme d’échange en Nouvelle Zélande. Fraîchement diplômée, elle intègre le Japan Times.  Rares sont les femmes qui occupent des postes de journalistes dans les années 1990… Une chance supplémentaire s’offre à elle : l’université de Harvard l’accepte dans son programme de formation très sélectif, destiné aux journalistes étrangers. A son retour, elle deviendra directrice adjointe puis rédactrice en chef.

Révolutionnaire à sa façon

Daimon-San reconnaît que pour assurer la garde de sa fille, le fait de pouvoir compter sur un père assumé, les amis et les voisins l’a sauvée dans les urgences professionnelles. Les mesures prévues par le Premier Ministre japonais en faveur du travail des femmes sont lentes à se matérialiser. En 2017, près de deux japonaises sur trois mettent un terme à leur carrière lorsqu’elles deviennent mères. Prise en charge des enfants, manque de perspectives, voire discriminations, sont les principales raisons de cette situation, qui conduit les femmes à recourir à des emplois à temps partiel précaires et mal payés. Daimon-San va mettre en œuvre au Japan Times un environnement où les employés auront davantage de flexibilité pour mener de front travail et obligations familiales. «  L’important c’est que les femmes ne se découragent pas et retournent au travail après leur congé de maternité. » Pour elle, leur présence est importante car elles apportent des perspectives différentes sur l’actualité. Avec 30% de femmes manager, le Japan Times a été consacré 5ème société la plus féministe parmi les entreprises japonaises de moins de 300 employés.

Liberté de ton assumée

Il n’est pas simple d’’être un journaliste intègre au Japon. Reporter Sans Frontières, classe ce pays au 72ème rang sur 180 pays analysés… On se souvient de l’accès difficile sur des sujets ultra sensibles, comme les problèmes de la centrale nucléaire de Fukushima, qui pourtant continuent de toucher une grande partie de la population. Principal obstacle : les Kisha Clubs (cartel de clubs de presse officiels fermés où l’information est « gérée »). Les journalistes sont certes renseignés, mais peu diserts et pratiquent l’autocensure. Un  autre exemple : la révélation par le London Times en 2004 du traitement pour dépression nerveuse de la princesse Masako (future impératrice). Les journalistes japonais étaient parfaitement au courant, mais n’ont pas diffusé cette information de peur d’une exclusion immédiate du Kisha Club de l’Administration Impériale. Malgré cela, sous l’impulsion de Daimon-San, le Japan Times vieille à maintenir sa  liberté d’expression.

Féministe, Sayuri Daimon incarne au Japon le  rôle modèle dont les journalistes peuvent s’inspirer afin de dépasser les obstacles et faire entendre leur voix dans un métier composé presque exclusivement d’hommes.

Michèle Robach
Mid&Japon

 

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