Actrice de la protection animale

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Agir pour la protection des animaux et de notre environnement me semble de plus en plus essentiel. 48 ans, parisienne, directrice de production, un métier me permettant de voyager dans le monde entier, j’ai pourtant décidé de travailler au développement d’une ferme-refuge en France sur le modèle de la Woodstock Farm Sanctuary (État de New York) créé par une femme Jenny Brown qui est devenue mon inspiratrice. Après plusieurs séjours à Woodstock en tant que bénévole, j’y ai été accueillie pour deux mois de formation cet été.
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Le projet de Jenny Brown. Enfant, Jenny a été amputée d’une jambe à la suite d’un cancer. La petite fille très sportive qu’elle était s’isole et, selon elle, doit son retour à la vie sociale au bonheur et à son chat. Adolescente, elle s’interroge sur les raisons pour lesquelles nous chérissons certains animaux alors que nous Jenny Brown & Fawnen mangeons d’autres. Elle devient végétarienne. Étudiante en cinéma, elle tourne en caméra cachée dans des élevages ou des abattoirs. Elle devient végane¹. Jenny et son mari ont acheté la ferme de Woodstock en 2004. Ils s’y sont mariés et leurs amis leur ont offert les premières clôtures et poulaillers en cadeaux de mariage. La ferme s’est agrandie d’une maison d’hôtes augmentant ainsi les chances de sensibiliser le public à la condition animale. Le refuge est un organisme à but non lucratif qui ne perçoit aucune subvention. Il vit exclusivement des dons, des cotisations des membres, des ventes de la boutique et des recettes de la maison d’hôte. Douze personnes y travaillent à temps plein.

Qui sont les animaux du refuge ? Deux à trois cents animaux vivent ici. Chèvres, moutons, cochons, poules et coqs, canards, dindons, lapins, vaches… Ils arrivent au refuge parce qu’ils ont été saisis par la justice pour mauvais traitements ou abandon d’exploitation, échappés d’une ferme ou récupérés par des P1100013sympathisants avant abattage parce qu’ils ne sont plus assez productifs ou gravement malades, à l’image de la petite vache Fawn qui s’est brisé une patte avant à la naissance. L’exploitant l’a donnée à des voisins qui voulaient une « vache de compagnie », car il n’était pas rentable de la soigner. Le vétérinaire a prévenu la famille qu’elle ne vivrait pas longtemps, car sa patte ne pourrait supporter son poids en grandissant. Lorsque cela a commencé à devenir trop difficile de marcher, la famille a appelé le refuge au secours. Fawn a reçu des prothèses, adaptées chaque mois à sa croissance. Il faut la voir s’allonger pour faciliter leur pause puis sauter de joie tout autour des soigneurs… Nul doute qu’elle aime la vie et qu’elle a pleinement conscience qu’on l’aide.

Une journée à Woodstock. Chaque jour, de 7h00 à 20h00, les six soigneurs permanents, assistés de stagiaires venus du monde entier et de bénévoles, œuvrent à la bonne marche du refuge. Chaque matin, ils P1090751vérifient l’état de santé des animaux, distribuent la nourriture et changent l’eau. Puis, les soins individuels débutent qui se prolongeront jusqu’à la fermeture. À l’image de Fawn, la majorité des animaux souffre de pathologies lourdes. Les poules qui étaient destinées à la ponte développent des cancers des ovaires, il faut surveiller de près l’apparition de toute masse ventrale qui sera drainée tant que les soigneurs seront unanimement d’accord que la poule a du plaisir à vivre et qu’elle ne souffre pas. Les poules « de chair » ont subi des transformations physiologiques, par croisement ou modification contre nature, qui font qu’elles grossissent tant qu’elles ont des problèmes respiratoires et que leurs pattes développent des infections et gonflent jusqu’à l’éclatement des chairs. Elles ont un régime adapté et ont des bains de pattes quotidiens. Pour tous les animaux, les soigneurs cherchent les solutions propres à leur donner une vie digne de ce nom.

IMG_4650Évoluer dans le respect des humains, des animaux et de la nature, sans hiérarchie anthropocentrée, procure un sentiment de sérénité et d’accomplissement. Je me suis immédiatement adaptée au quotidien de la ferme. Un minimum de 40 heures de travail très physique par semaine, plein de découvertes. On ne s’attend pas à plonger son regard dans les yeux d’une truie de 400 kilos et à en être troublé, ni à répondre à la délicate sollicitation d’une poule qui demande à s’endormir sur vos genoux, à la confiance d’un bébé coq qui se sent en sécurité dans votre capuche, à l’amitié d’un vieux bouc qui vous accueille chaque matin et vous suivra une bonne partie de la journée en vous racontant tout un tas de choses que vous finissez par comprendre. Un voyage aux frontières des langages.

Un centre de formation et d’informations. Le Woodstock Farm Sanctuary est l’un des refuges les plus connus en matière de sensibilisation. On y vient de New York City et des alentours pour y passer la journée ou quelques jours de vacances dans la maison d’hôtes, avec les enfants ou entre amis. Les visites guidées par P1100035Jenny et les soigneurs permettent de comprendre qui sont ces animaux, comment ils vivent, découvrir que chacun à sa propre personnalité, des aptitudes et sensations comparables aux nôtres. Les visites sont aussi l’occasion de décrypter nos pratiques alimentaires, d’évoquer la dépendance créée par la caséine du lait. En se promenant dans le refuge, le visiteur comprend à son rythme que notre façon d’agir avec les animaux pose un problème, au minimum une question à laquelle il faut faire face. Et que l’élevage, en plus de sa cruauté intrinsèque, est l’une des principales causes de pollution, de déforestation, de famine. Au bureau d’accueil, on peut parfaire l’information grâce à des documentaires, tracs informatifs et même goûter une crème de noix de cajou qui concurrence largement les fromages frais…

Nous sotéléchargementmmes à un tournant décisif de la vie de notre planète. L’exploitation des animaux, sous toutes ces formes, est l’une des principales causes des désordres climatiques et de la famine. Il est urgent de se pencher sur nos pratiques et le désastre éthique et écologique qui en découle.

Anne-Lorraine Vigouroux

*Article translated by Artemis Sfendourakis for My French Life.

The Lucky Ones, my passionate fight for farm animals  par Jenny Brown

¹Le véganisme est un choix éthique basé sur le refus de toute forme d’exploitation animale. On ne consomme aucun produit d’origine animale pour l’alimentation, on n’utilise ni laine ni cuir pour se vêtir, aucun produit de soin ou d’entretien testé sur les animaux. Ce régime a ses détracteurs, suivant les financeurs, les études le disent bénéfique ou dangereux. Je suis végane depuis plusieurs années, je n’ai toujours pas de carences !

 

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