Brexit : est-ce que je dois faire ma valise ?

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Cela fait presque six mois que Theresa May a activé le processus de sortie du Royaume-Uni  de l’Union Européenne et je ne sais toujours pas si je dois faire ma valise. Des millions d’autres sont comme moi ; de janvier à avril, 122 000 sont déjà partis.

Après une élection où l’opposition à la libre circulation des Européens¹ a joué un rôle majeur dans le vote Brexit, le gouvernement britannique n’a toujours pas fait de proposition claire pour régler le statut de ceux qui vivent déjà sur son sol. Résultat : impossible de planifier des études, un métier, un emprunt, un achat, une vie quoi !

Pourtant les Européens sont indispensables au pays : ils représentent 10% des médecins, 5% des infirmiers, 15% des personnels de la recherche, sans compter ceux que l’on retrouve dans l’hôtellerie, les arts, les PME… Avec leur famille cela représente 3 millions de personnes au Royaume-Uni.

L’UE a fait du statut de ses citoyens l’une des trois questions à régler de façon prioritaire avant le début de toute autre négociation et a proposé que les Britanniques vivant en Europe conservent le même statut qu’auparavant. Elle attend  la réciproque du gouvernement britannique. Mais celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et semble utiliser les Européens comme monnaie d’échange afin de contraindre l’Union à entamer, dès maintenant, des négociations sur les accords commerciaux. Il a mis sur la table une proposition qui diminue notablement leurs droits, a refusé 28% des demandes de carte de résident permanent. Du coup, l’UE se raidit et l’on n’en sort pas…

©Manif Trafalgar Square - Mid&Plus

La manif du 13 septembre

Cette incertitude est intenable : certaines entreprises commencent à refuser d’employer des Européens, les familles ne savent pas quoi faire… Déjà 100 citoyens ont reçu, par erreur, une lettre d’expulsion. Le gouvernement s’est excusé mais cela donne une idée de l’ambiance… Considérant qu’on ne peut mélanger les accords commerciaux sur la circulation des biens avec ceux qui concernent des êtres humains,  les Européens en GB (et les britanniques en EU) se mobilisent. Ils proposent de conserver leur statut actuel et de séparer les négociations qui les concernent de l’accord global : s’il n’est pas trouvé, 3 millions de personnes resteront sans statut. Une bonne raison de manifester… ce que j’ai fait le 13 septembre dernier !

Isabelle Haynes
Mid&Londres

¹Ne pas confondre la libre circulation des personnes, principe de base de l’UE, avec les accords de Schengen qui enlèvent les contrôles physiques aux frontières.

Plus d’infos

The 3 million
Scientists for EU
« In Limbo: Brexit testimonies from EU citizens » par Elena Remigi, Véronique Martin (CreativeSpace Ed.) 

 

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