Chasseuses d’hommes

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L’époque n’est plus aux dîners de présentation ou aux soirées de mariage propices aux rencontres. À l’ère du numérique où tout se passe sur Internet, les sites de rencontre qui fleurissent sur le web n’ont jamais eu autant de succès. Enquête sur la quête de compagnie avec une chasseuse d’hommes.

Enquête sur la quête de compagnie. « Par curiosité journalistique j’ai voulu me faire une idée aussi largechasseuses-dhommes-la-rencontre-qui-tue (1) que possible du monde du célibat » nous raconte Isabelle, notre chasseuse d’hommes¹, qui débute son enquête il y a six ans par les agences matrimoniales. Puis elle passe au Chasseur Français où elle publie une annonce. « Une bonne annonce reçoit une dizaine de réponses, moins ou plus c’est suspect » nous dit-elle. Mais elle craque au bout de deux rendez-vous, ne supportant pas l’attente dans un café avec un inconnu qui peut se révéler… grossier ou collant. Des annonces du Chasseur, elle passe aux dîners de célibataires. « J’y ai rencontré des tas de femmes sympathiques qui auraient pu devenir mes amies, on ne peut pas en dire autant des hommes… » conclue-t-elle. Elle s’inscrit alors sur un des sites réputés le plus sérieux sur internet (il y en a une cinquantaine).

Quelles motivations ? « Vivre seule après un divorce n’est pas évident, même si la vie de célibataire présente au final plus d’avantages que d’inconvénients et beaucoup de femmes rêvent de sortir de cette situation », nous dit Isabelle. Si les femmes croient finalement de moins en moins qu’elles vont rencontrer le prince charmant sur un site, certaines veulent néanmoins vérifier qu’elles sont encore capables de vivre quelque chose de charnel avec un homme ou bien laisser libre cours tout simplement à leurs fantasmes, ou bien encore rencontrer quelqu’un hors de leur cercle habituel ou enfin cela reste pour certaines la seule façon de rencontrer quelqu’un.

« Au début de son expérience, ce rituel l’a rendue vivante. À chaque rendez-vous, elle se préparait, s’habillait, se maquillait. Elle y croyait. Il y avait quelqu’un qui la faisait exister… » Isabelle Brisson

Et la chasse commence.
– Trois étapes : choisir un pseudonyme (souvent révélateur de la personnalité de celui ou celle qui le choisit) , mettre une photo (attention les profils féminins qui n’en ont pas sont nettement moins visités….), remplir un questionnaire détaillé où l’on peut tout dire ou non sur soi .
– Pour les press©FreeWallPpaer-Chasseuse d'hommes-Midetplusés : il existe la recherche rapide par âge et code postal ou par nouveaux inscrits…
– Apprendre à déchiffrer : c’est un monde codé… La black list permet de se retirer de situations inconfortables, on peut flasher sur un profil ou simplement décider de chatter, ceux qui sont on line ont une petite lumière jaune en face de leur nom.
– Attention ça triche : les hommes autant que les femmes… sur leur âge, leur photo, la couleur de leurs cheveux, leur poids.
– Un gros avantage, ne pas être vue derrière son ordinateur : « Heureusement qu’il lui était impossible d’apercevoir mes charentaises, ma coiffure en oreilles de cocker et ma tenue complètement déstructurée ».

Attention prudence ! « Donner rendez-vous présente des risques, mais quand on aime l’aventure,DR Prudence Chasseuse d'hommes-Midetplus qu’on a du culot, de l’inconscience ou de la naïveté, c’est possible » nous prévient Isabelle. Mais attention car « dans une société qui reste très obnubilée par ses pulsions sexuellesil faut inciter les femmes à la prudence ». Toujours fixer rendez-vous dans un lieu public et ne jamais donner son adresse émail personnelle hors site par exemple.

Quelles qualités ? Notre chasseuse, ex journaliste, ne manque ni de curiosité, ni de culot, avec un petit côté provocatrice et un goût pour les situations cocasses qui expliquent bien des choses…

« Il faut être une battante et solide. Avoir confiance en soi et un goût prononcé pour relever les défis sont essentiels, car beaucoup de rendez-vous se soldent par des échecs… » Isabelle Brisson

Et les résultats ? « Il faut avouer » conclue Isabelle « qu’ils sont décevants pour une femme de plus de 50 ans qui cherche généralement une relation stable ou l’âme sœur ». En revanche, il y a de belles réussites pour les femmes plus jeunes (avec même de beaux mariages à la clé !). Pour les hommes c’est différent nous dit Isabelle : une bonne proportion d’entre eux souhaitant changer souvent de partenaires se baladent sur le site comme à l’hypermarché et y trouvent leur compte. Attention car bon nombre d’entre eux s’avouent finalement mariés… ou bien certains s’avèrent être des célibataires indécrottables… ou encore n’aiment que les chats débridés au téléphone….

L’ennemi de l’être humain reste la solitude née de la grande ville ou de la campagne profonde. Valéry n’a-t-il pas dit « un homme seul est en mauvaise compagnie » ? Internet donne désormais à chacun l’illusion de pouvoir communiquer via son ordinateur ou sa tablette² afin de garder le contact ou briser sa solitude. Mais attention au leurre, car l’être derrière son écran ne reste-t-il pas finalement dans sa bulle ? « On cherche la perle rare et puis finalement on peut la rencontrer tout simplement assise dans un train ou bien en descendant sa poubelle » conclue Isabelle. Il suffit d’ouvrir les yeux et grands !

Marie-Hélène Cossé

¹Chasseuses d’hommes, la rencontre qui tue‘Isabelle Brisson (Éditions Ovadia, 2013, €20, 212 pages).
²Lire Celle que vous croyezCamille Laurens (Éditions Gallimard, 2016) et notre article Prix Anaïs Nin.

 

 

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