Humphris : une ferme à Paris

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Un matin, je découvre à ma porte un nouveau magasin. « Encore un ! » me suis-je dit dans ce 9e arrondissement de Paris dédié majoritairement à l’alimentation mono-produit. Après les maraîchers venus de Djerba, la boutique des cookies, la charcuterie corse, l’épicier espagnol avec sa Pata negra, les gaufres belges, les choux sucrés, le dépôt d’huile d’olive ou la maison des confitures… alors quoi de neuf et quoi de bon chez Humphris ?

La boutique arborait une devanture fraîchement repeinte vert gazon, une enseigne où trônent des épis de blé et, tout de suite, une file d’attente de clients des deux sexes. Ma curiosité n’a pas été satisfaite jusqu’à ce que, à mon tour, j’aille me poster devant la vitrine et voir empilés (c’est bien le mot) quantité de pains de toutes formes et l’ardoise me l’a confirmé : « En provenance directe de la ferme ». De quoi remplir tout de suite mon panier.

La ferme à la ville. Amoureux de Paris et de la campagne, Dan Humphris a donc imaginé de relier les deux en photo 2(1)ouvrant cette boutique qui vend toutes les denrées produites par son père à 50 kilomètres de Paris, dans la Ferme d’Heurteloup à Arnouville-lès-Mantes. Trouvé un peu par hasard, ce local sans pas de porte a séduit son occupant. « Le 9ème m’a semblé correspondre à ce que je cherchais, avec une clientèle qui oscille entre jeunes et seniors, familles avec enfants et même des étudiants qui s’intéressent au bien manger, au manger sain. Pour étoffer notre production, nous avons sollicité les fermiers dans un rayon de 100 kilomètres autour de la ferme, ce qui nous permet d’ajouter aux fruits et légumes, aux pains et aux fromages de la chèvrerie voisine, des préparations à base de porc, jambon, terrines, des foies gras, du miel et du vin, le tout en agriculture biologique.

L’as de la boulange.  « Tous les pains sont cuits au feu de bois avec des farines biologiques. Pains de campagne aux graines de sésame, de tournesol, aux olives, pains complets, semi-complets, au pur levain ou levain-levure, mais aussi pains de seigle, pumperknickels à l’allemande, avec un mélange de blé, seigle et avoine, pains multi-graines, pains briochés, le boulanger essaie sans cesse de nouveaux mélanges et travaille avec des farines anciennes comme l’épeautre ». Pour la charcuterie, les questions fusent : « Les clients veulent savoir comment sont traitées les bêtes, ce qu’elles mangent, si elles sont élevées en plein air ? ». Pour les légumes, c’est évidemment la saison qui prime : « Pommes de terre, carottes, navets, courges ou salades d’hiver, nos clients retrouvent les légumes de leurs grands-parents et apprécient la traçabilité directe avec la ferme. Ils peuvent la visiter, aider aux travaux, être logés sur place car nous faisons partie des Fermes Lauréates d’avenir d’Ile-de- France à qui sont allouées des subventions pour développer nos différentes activités ».


L’avenir est dans le pré.
Avec des arrivages trois fois par semaine, les premières retombées sont plus que prometteuses. « J’aimerais bien ouvrir un ou deux autres emplacements dans Paris » nous confie Dan Humphris « mais il faut d’abord assurer la production à la ferme, en gardant la même qualité pour que les légumes exposés soient cueillis du matin et que l’amour de la terre de mon père soit toujours respecté. Si aujourd’hui, j’ai choisi le commerce en ville, je suis tous les week-ends à la ferme où je lui donne un coup de main. Je sais faire le pain, je sais cultiver et plutôt que de continuer à vendre dans les marchés locaux, j’ai préféré la ville. Mais un jour, je sais que je reviendrai à la ferme pour continuer cette aventure ».

Bio, bon et beau, c’est beaucoup mais c’est bien ! L’alimentation bio est partout. Les fruits, les apéritifs, les vins, les pâtes, les œufs, à se demander comment on se nourrissait avant l’avènement ©Pixabay-Bio-Humphris-Midetplusdu bio, du vert, de l’écolo, du naturel et de l’agricole…ment correct ! L’agriculture biologique est une méthode de production qui exclut le recours aux produits chimiques de synthèse utilisés par l’agriculture intensive depuis le début du XXe siècle, les organismes génétiquement modifiés et l’irradiation. Avec pour objectif de mieux respecter l’environnement, elle gère la production en favorisant l’agrosystème mais aussi la biodiversité, la protection des sols et les cycles biologiques.

Tout en étant vigilant, peut-être faut-il garder raison et choisir, lorsque c’est possible, des produits dont on connaît la provenance, le mode de fabrication ou les méthodes de culture. Et même si la peau des pommes est ridée ou tachetée, si les salades abritent des limaces et si les courges dépareront pour la soirée d’Halloween, le seul critère du consommateur ne doit-il pas être le plaisir de bien manger ?

Vicky Sommet

Humphris, 1 rue Milton, 75009 Paris, ouvert tous les jours de 10h à 20H30 et le dimanche de 10h à 13h00.

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