La fin du mythe du multitâche

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« L’attention est la reine des facultés » disait William James. Devenue une ressource rare, une pépite que chacun cherche à nous dérober, ultra-sollicitée, notre attention est devenue aujourd’hui limitée et fragile. Mais, bonne nouvelle, il est possible de la reconquérir. Oui, l’attention, ça s’apprend !

Quand notre attention est maîtrisée on éprouve une sensation d’aisance avec tout ce que l’on fait, moins de stress, moins de fatigue. Sans oublier qu’elle est un trésor dans la relation : donnée, elle fait exister l’autre, reçue, elle me fait grandir.

L’attention est fragile

« L’attention est tout à la fois curieuse, gourmande, paresseuse, capricieuse, fragile, rare, indomptable. » nous dit Anne de Pomereu¹. Quoiqu’on fasse, elle est toujours attirée par ce qui est nouveau, apparent, brillant, facile, plaisant, rapide, ce qui apporte un plaisir immédiat, un shot de dopamine à notre cerveau. Or, résister épuise notre énergie et notre volonté souvent s’émousse. « Je veux faire attention, mais je me retrouve à penser à autre chose ou à me laisser happer par des distractions. » L’attention se croit forte, mais elle est fragile, elle ne peut pas faire deux choses à la fois. Elle s’épuise vite et a besoin de pauses.

« La richesse d’informations entraîne une pénurie d’autre chose, une rareté de ce que l’information consomme. Or, ce que l’information consomme, c’est l’attention de ceux qui la reçoivent. » Herbert Simon

Les voleurs d’attention

Qui sont-ils ? Nos écrans bien sûr : téléphones, tablettes, ordinateurs, télévisions, etc. Tous ces outils sont rendus addictifs pour essayer de capturer notre attention afin de la monnayer ensuite. Les « voleurs » reposent sur les fragilités de notre comportement : la peur de rater quelque chose, la recherche de gain aléatoire, l’approbation sociale, le besoin de faire partie d’un clan, la réciprocité, la capacité de manger sans fin, la dépendance, la paresse (plus facile de scroller que de chercher, de rester que de quitter).

« Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » prophétisait Patrick Le Lay.

À la reconquête de notre attention

Puisque nous savons ce qui nous déconcentre (la nouveauté, ce qui procure une satisfaction immédiate…), apprenons à réguler notre attention en mettant en place des habitudes et des rituels qui marchent mieux que notre simple volonté. Commençons par l’environnement : aménageons un espace de travail contenant le moins de distraction possible : qu’est-ce qui facilite ma concentration (la beauté, l’ordre, le vide) ? de quels objets familiers dois-je m’entourer ? comment faire le silence, modeler la lumière ? etc. Puis régulons nos écrans pour éviter le jonglage multimédia : supprimer les notifications pour éviter les interruptions, travailler avec une seule fenêtre ouverte, limiter dans le temps notre consommation de réseaux sociaux et/ou de jeux en rendant notre portable moins attractif (le griser, le mettre en mode zen, réduire le nombre d’applis disponibles). Souvenons-nous, il faut un mois pour adopter une nouvelle habitude, alors accrochons-nous et c’est gagné !

« Et s’il faut passer en mode plus strict (notamment pour les enfants et les ados), on peut adopter le K-safe, boîte à verrouillage automatique irréversible… » Anne de Pomereu

Avant de se lancer dans une activité, il est bon d’avoir une intention claire et de définir le niveau d’attention que va requérir la tâche demandée, le temps qu’elle va prendre. Puis savoir découper une tâche complexe en une série de tâches simples. « Le bon niveau de découpage est obtenu quand vous savez que vous savez faire et combien de temps cela vous prendra » nous dit Anne de Pomereu qui ajoute quelques astuces :  ne pas surcharger son emploi du temps, prioriser les activités selon l’importance et l’urgence, prévoir des marges, inclure des pauses régulières de 10 minutes, savoir s’arrêter, éviter le demi-travail et le demi-loisir, mettre fin à la culture de l’immédiat, cultiver le délai, gérer les attentes, prévenir « je ne veux pas être dérangée », fermer sa porte pour se concentrer, etc.

BON À SAVOIR

Certaines activités favorisent l’attention : les travaux manuels (bricoler, jardiner), les activités en groupe (jouer, improviser), la méditation en pleine conscience, la respiration, la pratique d’une activité artistique (chanter, dessiner), le sport (la marche, les arts martiaux), lire, apprendre par coeur, garder un contact étroit et régulier avec la nature.

Même si les distractions sont inévitables (et favorisent la créativité !), reconquérir et soigner notre attention est donc possible en adoptant quelques nouvelles habitudes. Commençons par fuir comme la peste ce dont nous sommes parfois si fières, le multitâche, et aménageons notre temps pour avoir des pauses et offrir (et s’offrir !)  des temps de qualité à ses proches (sans penser à autre chose…).

Marie-Hélène Cossé

©Anne de Pomereu¹Anne de Pomereu, diplômée d’HEC, professeure de mémoire et de méthodologie, fondatrice d’Apprendre et Transmettre, propose des stages d’une journée « Apprivoisez votre attention » destinés aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises mais aussi aux jeunes préparant des examens. Prochaine date : vendredi 9 avril.

Lire « Éloge de la passoire » (éditions JC Lattès, octobre 2018). À venir « La conquête de l’attention, apprendre à se concentrer à l’ère de la distraction » (JC Lattès).

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