Turner, l’architecte de la lumière

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Un orage en mer, un coucher de soleil, un arc en ciel, l’horizon infini de la mer sous des ciels qui effleurent la surface des eaux, une villa au clair de lune et puis Venise… partout, cette transparence de l’air si particulière. On reconnaît Turner : sa main, son intensité, sa passion de voir, de capter l’instant, son audace.

Un peintre passé à la postérité

Grâce aux prêts de la Tate Britain, le Musée Jacquemart André a préparé la présentation du parcours artistique chronologique de ce peintre passé à la postérité pour ses toiles mais dont on oublie parfois qu’il s’est d ‘abord illustré dans la pratique de l’aquarelle. Malheureusement, la visite virtuelle de cette exposition n’existe pas, mais cela ne nous empêche pas de partir à la découverte de ce grand paysagiste de la première moitié du XIXe siècle.

De multiples connaissances

Dessins, gouaches, huiles ou aquarelles petits et grands formats, Turner (1775-1829) essaie tout pour explorer ce qu’il voit et dont il est témoin. Voyageur infatigable,  il ne cesse de s’intéresser aux sujets les plus divers et mis à part le portrait, tous les genres retiennent son attention. Il est surtout le peintre des paysages de la nature, baignés de lumières chaudes, d’aurores ou de couchers de soleil incandescents. Parfois des figurines en donnent l’échelle, des monuments à l’horizon la perspective, comme cette vue de Scarborough¹(Yorkshire) qui représente les pêcheuses de crevettes en bord de mer avec au fond un village, dominé par un puissant château au sommet de la falaise. On sait aussi que Turner fut fasciné par les phénomènes naturels, en particulier géologiques et atmosphériques, d’où ses représentations de rochers, de falaises, qui portent les traces de l’érosion de la mer².

La couleur comme motif en soi³

Tous les reflets et les brumes de ses paysages montrent la palette de ce peintre  qui n’hésite pas à expérimenter de nouveaux pigments. Le jaune est la couleur qu’il affectionne. La presse de l’époque ne manqua pas de railler  l’usage excessif de « ses aplats de jaune et de moutarde ».  Mais le critique d’art Huysmans s’enthousiasme : « Turner.. vous stupéfie, au premier abord. On se trouve en face d’un brouillis absolu de rose et de terre de Sienne brûlée, de bleu et de blanc, frottés avec un chiffon, tantôt en tournant en rond, tantôt en filant. En droite ligne ou en bifurquant en de longs zigzag.. Devant les yeux dissuadés, surgit un merveilleux paysage, un site féérique, un fleuve irradié, coulant. »4 En tant qu’aquarelliste Turner sait que les couleurs transparentes, en se superposant, offrent des combinaisons plus proches des effets lumineux de la nature que les juxtapositions de couches colorées opaques. Son « coucher de soleil »5 en est l’illustration.

Cinquante années avant Monet, Turner dissout les formes et, dans le frémissement de l’atmosphère et de la lumière, invente une nouvelle peinture, en partie incomprise de ses contemporains : l’impressionnisme avant la lettre.

Michèle Robach

Turner, peintures et aquarelles Collections de la Tate, Musée Jacquemart André, jusqu’au 20 juillet 2020
¹ « Scarborough », vers 1825, aquarelle et graphite

²« Dinant, Bouvignes et Crèvecœur : coucher de soleil », vers 1839
³Ian Warrell, curateur de la Tate Britain, spécialiste de Turner
4J.K Huysmans-Extrait de « Turner et Goya », 1889
5 « Coucher de soleil », vers 1845

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