Annie Ernaux, du « je » au « nous »

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Première écrivaine française à recevoir le Prix Nobel de littérature, Annie Ernaux est récompensée « pour le courage et l’acuité clinique avec lesquels elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ». Chaque mot compte dans cette annonce sibylline, typique de l’Académie suédoise.

– Récits entre littérature, sociologie et histoire, elle préfère parler d’autobiographie impersonnelle que de romans autobiographiques. Annie Ernaux explique découvrir ce qui la traverse (ses souvenirs, son expérience, sa honte) mais en ayant conscience de ne pas être la seule à être traversée. En ce sens, elle rejoint l’universel.
– Son style est dépouillé, sans « joliesse », des mots simples,  justes, proches de la réalité. Chaque expression doit avoir le ressenti, la lourdeur du vécu.
– Ses racines sont celles d’une transfuge de classe. Dans La Place[1], elle raconte le passage d’une classe sociale  à une autre et de  la « nécessité de venger sa race » ou de mener une carrière intellectuelle malgré ses origines modestes.
– Son éloignement, vient de ce qu’elle est la première de sa famille à faire des études, ce qui engendre la séparation de son milieu social, des autres, tout en restant au milieu d’eux, car toujours consciente d’appartenir aux classes populaires.
– Les contraintes collectives, c’est la faculté de lettres où elle fréquente des étudiants privilégiés et non pas boursiers comme elle. C’est l’avortement clandestin qu’elle a subi toute jeune[2]. C’est aussi sa belle-famille qui lui reprochait d’écrire et de négliger les tâches ménagères.

Avec innocence, bonheur, courage, Annie Ernaux explore sa mémoire et nous la restitue d’une manière puissante, féministe et universelle.

Michèle Robach

[1] Prix Renaudot, 1984
[2] L’événement, Gallimard, 2000. Un film a été adapté par Audrey Diwan en  2021, récompensé par le Lion d’Or de  la Mostra  de Venise.

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