Catherine Hunter, trois vies en une

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Belge d’origine, Catherine, céramiste, fabrique des pièces émaillées et colorées, façon caricaturée. Chacune est unique, avec un côté ludique et joyeux… comme sa créatrice. Sa passion pour la céramique est une constante dans un parcours de vie plutôt mouvementé : déjà trois vies en une pour cette croqueuse de l’instant présent, toujours partante pour l’aventure !

Maman poule

La vie de Catherine a d’abord tout de celle d’un pigeon voyageur avec un mari ambitieux qu’elle suit avec leurs deux enfants dans les différents pays européens où sa carrière l’appelle (Allemagne, France, Royaume Uni, Suisse). Heureusement, elle a toujours adoré bricoler, créer. « Quand on crée c’est un gros avantage, lorsque j’arrivais dans un nouveau pays, je n’avais besoin de personne pour exister. » Catherine, qui a suivi des études d’art déco, puis d’illustration pour enfants, n’a pour autant jamais pris de cours de céramique ou de modelage.

« J’ai appris sur le tas. J’ai toujours un bloc de terre avec moi dans le pays où je suis. Au début je crée des bricoles. Ma première pièce explose au four ! Puis je progresse. »

Un jour, Catherine fabrique une poule, puis une deuxième, une troisième. Elle fait une expo chez elle où les pièces sont remarquées. Suit alors une invitation à un salon de déco où elle vend tout son stock. Pourquoi ne pas voir plus grand ? Elle trouve une faïencerie à Dijon pour assurer la fabrication. Elle participe à son premier Salon Maison & Objet en 2002, en un week-end 1 000 poules sont vendues ! Les gens se mettent à collectionner les délicates gallinacées. Catherine prend part à d’autres salons, très vite vend dans le monde entier. « Au début la faïencerie ne suivait pas la cadence, puis elle adopte le rythme : 2 500 poules par mois ! » Deux ans après le début de cette belle success story, hélas, les premières copies asiatiques arrivent, en quelques années le chiffre d’affaires chute et c’est la fin de l’histoire.

« Je suis comme une actrice qu’on ne connait que par le rôle qu’elle joue dans une série. Moi j’étais la maman poule… J’avais envie de changer de rôle. »

Tour du monde à la voile

Son mari, soudain en disponibilité professionnelle, ressort son vieux rêve de toujours et lui propose de partir faire le tour du monde à la voile. Catherine n’hésite pas un instant, ses enfants sont grands et elle peut être céramiste même sur un bateau ! Pendant deux ans ils préparent leur voyage, suivant notamment des cours de voile, et achètent un catamaran. Ils partent des Sables d’Olonne en 2004. S’en suivent trois ans de navigation autour du monde. « Chaque fois qu’on arrivait sur une île, on cherchait le potier local à qui je demandais si je pouvais travailler avec lui. Je modelais avec sa terre et adoptais sa façon de cuire. » Un Australien tombe en arrêt devant leur bateau sorti de l’eau pour carénage à Brisbane et leur propose de leur racheter. L’occasion fait le larron : « C’était le bon moment. », admet Catherine, « On avait essuyé une grosse tempête avant d’arriver, je redoutais les pirates en Mer Rouge et, entre temps, j’étais tombée amoureuse d’une maison à Bruxelles. » 

©Catherine Hunter

De maison d’hôtes en hôtel-restaurant

Catherine et son mari achètent cette vieille maison dans le centre de Bruxelles qu’ils rénovent, puis ouvrent des chambres d’hôtes. Elle y a son atelier où les touristes viennent la voir travailler et lui achètent ses pièces. « J’ai cartonné ! » s’exclame-t-elle. Jusqu’aux attentats de 2015 où les touristes fuient du jour au lendemain, effrayés, la Belgique. Ils tiennent six mois. « Puis j’ai râlé. Changeons de vie ! » dit-elle à son mari qui n’hésite pas 24h avant de chercher sur internet ce qu’il y a à vendre en Espagne ou au Portugal. Ils tombent amoureux d’un petit hôtel-restaurant (7 chambres) dans un village d’artistes de basse montagne en Andalousie, à 35 minutes de la côte, le paradis des randonneurs. Ils l’achètent en 2017 puis le rénovent. « Nous avons eu un an de travaux, plus compliqué que de traverser le Pacifique ! »

Ils ouvrent enfin, heureux, en 2019 et habitent au-dessus de l’hôtel, Catherine y a son atelier. Elle donne aussi des cours. Une fois par an, elle expose ses pièces aux journées portes ouvertes des artistes du village et vend ses créations via son site internet et sa page Instagram. « Pour l’instant on adore être à Gaucín ! » Pas encore de quatrième vie en vue…

Marie-Hélène Cossé

Catherine Hunter : son site, sa page Instagram. Le site de leur boutique-hôtel à Gaucín : La Fructuosa.

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