Petit délire sémantique au féminin

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Dire qu’entre le XIIe et le XVIe siècle, on s’en donnait à cœur joie et on pouvait dire sans sourciller les administreresses si les femmes travaillaient dans l’administration, les médecines dans le corps médical et les moinesses ou les abbesses, inutile de préciser où. Mais aujourd’hui, branle-bas de combat, et le mot est faible, la syntaxe est devenue un enjeu politique !

La féminisation des noms de métier. Entrepreneure, écrivaine, docteure, la liste serait longue à énumérer mais il faut avouer qu’aujourd’hui elle dérange. Enfin, elle dérange les gardiens du temple qui, sous prétexte qu’historiquement une femme n’était pas censée entreprendre, écrire ou soigner son prochain, ces mots ne pouvaient pas se dire au féminin. D’un côté, Najat Vallaud-Belkacem a souhaité qu’on l’appelle Madame la ministre, de l’autre, un député a écopé d’une amende de 1378€ pour ne pas s’être conformé aux usages de l’hémicycle.

L’Académie veille. Et on trouve bien entendu en première ligne, que dis-je sur le front, l’Académie française qui ne © Pixabay-Dico-Midetpluss’oppose pas à la féminisation des noms de métiers et fonctions et réserve même un accueil chaleureux dans la 8e édition de son Dictionnaire à artisane, postière, aviatrice, pharmacienne, avocate, bûcheronne, factrice, compositrice ou exploratrice. Et que dire de la 9e édition qui en est à la lettre R, tous les espoirs sont permis ! Mais il faut se rendre à l’évidence, sa mission consiste aussi à défendre l’esprit de la langue et à rejeter une systématisation qui, d’après elle, serait contraire aux vœux des intéressées. Par exemple, professeure, recteure, sapeure-pompière, ingénieure, procureure ou chercheure sont qualifiés de véritables barbarismes en arguant que le français ne dispose pas d’un suffixe unique qui permettrait de féminiser automatiquement les substantifs.

La parole est à la défense. Que tout cela est ennuyeux me direz-vous ! Alors, que faire ? Employer par Nom féminin-Midetplusexemple un nom épicène (nom bisexué qui peut être employé indifféremment au masculin ou au féminin) comme une gynécologue pour désigner une femme docteur en gynécologie. Bon, mais qui aura le dernier mot ? Les politiques ont essayé de s’emparer de la question mais ils n’ont aucun pouvoir en la matière. Et si on se penche sur l’histoire du français, on voit que la reine ou l’impératrice ont été très en cour par le passé mais qu’avec l’avènement de la bourgeoisie, le masculin a pris le dessus pour exprimer un genre non marqué. Petit bémol avec les épouses des professionnels, la boulangère est la femme du boulanger, la colonelle reste la femme du colonel mais la doctoresse est la femme docteur et, avec les contraintes du protocole, l’invitation était adressée à « Madame le ministre et Monsieur Simone Veil ».

Vous ne manquerez pas de vous exclamer « quelle pagaille ! », nom féminin ou « quel embrouillamini ! », nom masculin, pour dire qu’on n’est pas près de trouver une réponse qui plaise à toutes… ou à tous, en admettant qu’il nous faille compter avec leurs avis !

Vicky Sommet

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