Laure de Margerie, VRP de la sculpture française

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Des études à l’École du Louvre et en parallèle celles de psychologie pour approcher la parapsychologie et les phénomènes extra-sensoriaux, voici le parcours atypique de Laure de Margerie qui, au final, a opté pour l’art et s’est spécialisée dans l’étude des sculptures. Elle travaillera au Musée d’Orsay et gravira les échelons jusqu’au moment où elle s’envole pour Dallas, aux États-Unis, où elle met sur pied un recensement de la statuaire française dans les collections américaines.

French sculpture in USA. Choisie comme pensionnaire avec son mari, conservateur au Louvre, elle part travailler au imagesClark Art Institute, à la fois musée et institut de recherches installé dans le Massachusetts. « À l’automne 2001, je suis retournée à Williamstown comme convoyeuse pour le Musée d’Orsay pour aller rechercher des tableaux qui avaient été prêtés car les œuvres d’art ne voyagent jamais seules. Je suis arrivée la veille du 11 septembre et suite aux attentats, l’espace aérien a été fermé pendant une semaine. Pas question pour moi et mes caisses de Cézanne, Renoir et Manet de repartir pour la France. Je me suis alors dit que j’étais dans l’une des cinq plus grandes bibliothèques des USA et que j’allais commencer à établir un répertoire sur Internet des sculptures françaises du 19e siècle dans les musées américains ».

Un projet de longue haleine. De retour en France, elle présente son projet mais devra attendre 2009 pour repartir à Dallas où elle décide de s’y mettre et d’élargir son champ d’action en travaillant sur la période qui va de 1500 à 1960 et en ajoutant aux musées, tous les espaces publics, la Maison Blanche, les cimetières, etc. « Je me suis attelée à un travail gigantesque qui répondait pleinement à ma passion. J’ai commencé à étudier les documents connus, dépouillé les catalogues des musées et ensuite passé une petite annonce dans une association de conservateurs américains en leur demandant de me signaler tout ce qui était susceptible de m’intéresser. Invitée par le J. Paul Getty Museum à Los Angeles comme chercheur, j’ai pu avoir accès à un fonds d’archives utilisé pour la préparation d’une exposition sur la sculpture française dans les musées américains par un conservateur qui avait reçu des lettres en provenance d’institutions publiques ». Un pas de plus pour nourrir son site, mettre en ligne des collections ignorées, donner une meilleure visibilité à des œuvres mineures et les positionner au même niveau que celles mondialement connues.

10.000 œuvres recensées à ce jour. Sept ans plus tard, la base de données de Frenchsculpture est très riche et devrait, selon sa conceptrice, atteindre les quelques 15 à 20.000 œuvres estimées. « C’est comme les kilos, les premiers sont faciles à perdre ! Maintenant je dois fournir beaucoup d’efforts pour trouver de nouvelles œuvres. Je continue à écrire, à demander des photos, des renseignements aussi en anglais car ce site a la particularité d’être bilingue. Mon souhait n’est pas de travailler pour une poignée d’érudits mais pour faire aimer et comprendre la sculpture à tout le monde. Au-delà de l’aspect catalogue, il y a une partie plus pédagogique avec un lexique des termes de sculpture, pour savoir ce qu’est une fonte, un moulage, un plâtre d’édition et des pages qui décrivent les processus de création. Par exemple, à Shreveport, j’ai vu la réduction très rare d’un buste de Diderot par Houdon dont seuls deux exemplaires sont connus à ce jour, l’autre étant dans une bibliothèque de Besançon ou encore dans un cimetière de Virginie, on m’a signalé la présence d’un bronze de Rodin ».

Une chasse aux trésors. Les musées continuent d’acquérir des pièces et Laure de Margerie se dit qu’elleLaure de Margerie devant Nu aux bourgeons de Hans ARP (1886-1966), au Nasher Sculpture Center, Dallas, Texas, Etats-Unis (ph. Kevin Todora/Nasher Sculpture Center) a encore environ trois à cinq ans de travail. « Je n’ai pas couvert tout le territoire américain. J’attends avec impatience le moment où j’irai dans le Wyoming pour continuer ma chasse aux trésors. Mais je n’irai pas au-delà des dates que je me suis fixées car après 1960 les matériaux traditionnels ont évolué et côtoient des installations, des performances ou des méthodes visuelles, lumières, hologrammes … Je songe plutôt à étendre mon champ d’investigation au Canada, au Mexique ou en Amérique du Sud. Et après, il pourrait y avoir l’Angleterre, la Russie, l’Allemagne … En gardant toujours en tête l’idée de rendre la connaissance accessible à tous comme une statue de Rodin très peu connue, installée sur un phare aux États-Unis. Et ce site est la réponse appropriée ! »

Vicky Sommet

Frenchsculpture.org

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