Marie Desjardins : sur la piste du bonheur

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Écrivain habitant Montréal, Marie Desjardins (55 ans) a une vie bien remplie. Elle aborde des sujets éclectiques et relit des romans à grands tirages pour vivre. Cela lui permet d’en écrire d’autres qui la font vibrer. Son goût pour les femmes qui souffrent est avéré. « C’est ce qui nous apprend le bonheur », affirme-t-elle.

Des sujets éclectiques. De la Comtesse de Ségur à Ellesmere en passant par le jazz, les geishas, Jehanne Benoit, etc. Marie diversifie ses collaborations au fil des commandes depuis son doctorat en littérature. « J’ai aussi adoré écrire la biographie de Vic Vogel (1), jazzman hors normes », précise-t-elle. Ses biographies sont romancées, pour certaines. Jehane Benoit (2) révolutionne la connaissance de la gastronomie au Canada grâce à la chimie alimentaire. Première à considérer ce secteur comme une science (années 1940-1980), elle popularise le micro-ondes à 80 ans !

 

Des personnages en difficulté. Dans les romans de Marie, les femmes sont souvent dans une forme d’aliénation (mort, absence, traumatisme, enfermement). Envoûtements néfastes de victimes, de personnes en difficulté, le roman est toujours proche de soi. « La difficulté je la connais, elle me fascine ». Cela appelle à l’allégorie, à la métaphore donc à la littérature et à l’art. L’intéressant est le secret de quelqu’un, ses aspérités, ses accrocs, ses brèches.

  • La Comtesse de Ségur
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    Enfant, Marie découvre chez sa grand-mère une biographie de la Comtesse de Ségur (3). Cela lui fait comprendre que derrière un visage se cache une personnalité, une âme, un mystère… Et elle veut savoir qui est ce quelqu’un. Fouiller une personnalité par la perception et la documentation deviendra une science pour elle… Le plus beau compliment qu’une psychanalyste lui fait pour sa biographie romancée de Sylvie et Johnny (4) : « Ça a dû se passer comme ça ».
  •  Les femmes, encore des femmes aux Éditions … des Femmes
    L’Œil de la poupée (5) montre pourquoi Irina Ionesco érotise sa fille Eva et comment celle-ci en profite pour faire un procès à sa mère. Destin de femmes hors du commun, tout comme celui des Femmes à l’aube du Japon moderne (6). La constante chez ces femmes ? Toutes des battantes ou des ambitieuses, des femmes d’envergure, des originales qui apportent et font avancer les choses. Quand on est sur la scène c’est la personne non formatée qui gagne.
  • Ellesemere (7)
    c1-ellesmereCe conte noir parle d’inceste et de trahison, explique Marie, avec un parallèle allégorique sur le thème de la déportation et de l’enfermement. En toile de fond, le scandale de la déportation des Inuits à 1700 km de chez eux pendant la guerre froide (années 1950) pour établir la territorialité canadienne. Victimes envoyées à Ellesemere pour prouver aux Russes que l’île la plus au Nord du Canada est habitée. Vint cinq ans après le Canada fait des excuses et propose aux Inuits le retour chez eux, ce qui signifiait un second déracinement, une seconde tragédie.

La recette du bonheur ? Chacun agit selon ses moyens intérieurs. Il n’y a pas de recetmars-2014-009te. Pourtant, Marie utilise celle des 15 minutes. Se concentrer sur ce que l’on fait. Trouver l’ordre dans le désordre… La façon de travailler s’ancre dans l’inconscient. Ce qui doit être ne peut changer, mais on peut se montrer généreux, faire un effort sur soi-même, à petite dose, avec bonne volonté et conscience pour améliorer les choses. Aiguiser la conscience du moment, ne pas être submergé, débordé dans notre société de l’urgence, au détriment de la profondeur. Marie est créative et positive « sinon je serais à l’asile ou accroc au valium, même s’il me faut une grue psychique pour y arriver ». Quand on accomplit avec le feu sacré on est dans une démarche positive, constructive. Continuer à produire même si on n’est pas en tête de gondole…

« Pour mieux atteindre ‘l’universalité de l’être’ et le bonheur », lance pour conclure Marie d’un ton provocateur-imagé à certains auteurs à succès, « ne parlez pas de votre ménopause ni de vos menstruations. Faîtes plutôt du yoga et fermez vos gueules. Riez, c’est bon pour les abdominaux. Et pendant ce temps vous n’écrivez pas de banalités ».

Isabelle Brisson

(1) Histoires de Jazz –  CRAM Portraits (2014).
(2) À la découverte de Jehane Benoit – Les Éditeurs réunis (2012).
(3) Les yeux de la Comtesse –  Humanitas (1999).
(4) Sylvie et Johnny, love story (en cours de réédition, disponible en France en Février) – CRAM Porte bonheur.
(5) L’Œil de la poupée- Des Femmes (2004).
(6) Femmes à l’aube du japon moderne – Hideko Fukumoto et Marie Desjardins- Des Femmes (1997).
(7) Ellesemere –CRAM Conte noir (2014)

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