Claire Bretécher : prophète en son époque

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Croqueuse acerbe de la société et de son époque, Claire Bretécher, figure forte de la bande dessinée française fait l’objet d’une exposition dans le cadre de la bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou. Quand Agrippine, Cellulite et Bolot entrent au musée.

« Je ne suis pas observatrice du tout et je suis myope ». Pudique, discrète, c’est pourtant au travers de plusieurs auto-portraits (sans ©RitaScaglia-Claire Bretécherconcession) que l’on rentre dans l’intimité de Claire Bretécher. Planches, dessins, extraits d’albums, calques, esquisses donnent un aperçu des coulisses de son travail et de la diversité de son talent jusqu’aux émouvants portraits de ses proches  – Portraits sentimentaux – (Guy Carcassonne, son mari disparu – son fils – ses nièces…). Vidéos TV, couvertures de magazines, publicités nous rappellent que celle qui dit avoir « des aptitudes très développées à ne rien faire du tout » est une bosseuse et qu’elle était la coqueluche du monde des médias des années 70/80.

Pionnière dans la presse. Dès sa prime enfance nantaise (née en 1940), les pinceaux et les crayons ont démangé la main de Claire Bretécher. Quittant « l’ennui » provincial, elle a rapidement plongé dans le grand bain de la bande dessinée parisienne des années 60 réservé jusqu’alors aux hommes. Moue dubitative voire insolente, regard bleu glacier, frange blonde, l’illustratrice à l’humour ravageur se fait rapidement une place dans le milieu de la presse jeunesse (Spirou, Tintin, Pilote) avant de fonder avec Gotlib et Mandrika  en 1972 L’Écho des Savanes. Sa collaboration au Sauvage mais surtout au Nouvel Observateur la feront définitivement connaître du grand public.

La ligne Claire. Simple, sans décor, sans bulle, avec contre-plongée, cadrages serrés et traits expressifs  tel est le style graphique Bretécher. Avec des dialogues percutants, ciselés au cordeau, un rythme, l’artiste, véritable éponge, épingle sa génération (les Frustrés, futurs bobos) mais capte surtout extraordinairement bien le monde de l’adolescence à travers le personnage d’Agrippine en créant un langage à part entière.

Parlez-vou©Claire Bretécher-Dargauds Bretécher ?
Une nuigrav = cigarette                        Mythonner = mentir
Prendre vapeur = s’énerver                 Jalmince = jaloux
Laisse Bouygues = laisse tomber        Poute = Mon Papa chéri
Abattoir = maison de retraite             Biomanes = parents

Visionnaire, sociologue.  Féministe mais pas militante, Claire Bretécher est « une interprète hors pair de son époque ». Homosexualité, PMA et GPA (Les Mères dès 1983 !), monde du travail… ©Claire Bretécher-bpi Pompidou-Midetplussont des nombreux thèmes déjà abordés, reflet de sa grande modernité.

Une fois ce parcours souriant fini, installez-vous quelques instants dans un fauteuil de la bibliothèque, replongez-vous dans les albums mis à disposition, jouez avec la tablette géante pour découvrir l’univers de l’illustratrice version numérique et pour vous faire tirer les cartes (Claire Bretécher en collaboration avec la voyante Sabine Sikarcioglu a illustré un jeu de tarot). En partant n’oubliez pas d’acheter à la librairie Morceaux Choisis. Pas une ride !

Christine Fleurot

Exposition Claire Bretécher – Entrée gratuite -Jusqu’au 8 février 2016 – Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou- Espace Presse- Niveau 2- Entrée par la Piazza ou par Rue Beaubourg.Entrée libre pendant les horaires d’ouverture de la Bibliothèque
Lundi, mercredi, jeudi et vendredi : 12h – 22h- Samedi, dimanche et jours fériés : 11h – 22h-Fermeture le mardi

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