Nos coups de coeur de la rentrée littéraire

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Les loyautés de Delphine de Vigan
par Marie-Hélène Cossé (JC Lattès, 205 pages, €17)

Livre mineur disent certains et pourtant… ces loyautés là sont bouleversantes ! Un style précis, bref, épuré donne de la force au récit alterné des quatre personnages : un prof Hélène, deux enfants de sa classe Théo et Mathis, et la mère de ce dernier. Des actes, des faits, Delphine de Vigan regarde ses personnages lutter pour vivre sans poser de jugement ni nous livrer leurs pensées, en nous faisant découvrir leurs loyautés, celles envers l’autre et envers soi-même. Un livre incisif qui se dévore sans pouvoir s’arrêter. Ce n’est pas comme le quatrième tome décevant de la saga d’Elena Ferrante…. où l’héroïne, à la limite de la midinette, laisse sa place à la ville de Naples qui devient le personnage principal de cette Enfant perdue.

« Les loyautés. Ce sont les liens invisibles qui nous attachent aux autres, aux morts comme aux vivants […], ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps […], ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre
par Agnès Brunel (Albin Michel, 540 pages, €22,90)

Où l’on retrouve avec un plaisir non dissimulé, la famille Péricourt en la personne de Madeleine, sœur d’Edouard, héros tragiquement disparu dans le premier ouvrage de la trilogie Au-revoir là haut, prix Goncourt 2013. Le jour des obsèques de son banquier de père, son fils unique ne trouve rien de mieux que de se défenestrer sur le cercueil de son grand-père au moment du départ du cortège. Un nouveau départ aussi pour Madeleine, fragilisée, qui devient la proie de vautours de tous ordres. Une écriture vive, haletante dans la droite ligne d’Alexandre Dumas, maître de Pierre Lemaitre. Vivement le troisième volet…

« Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. »

©rentrée littéraire 2018 - Mid&Plus

Pactum Salis d’Olivier Bourdeaut
par Vicky Sommet (Finitude, €18,50)

C’est l’histoire d’une amitié improbable entre un paludier misanthrope, ex-Parisien installé près des marais salants de Guérande, et un agent immobilier ambitieux mais d’origine modeste, prêt à tout pour réussir. Au lendemain d’une cuite et après des déboires en cascade, liés à la fois par une promesse absurde et par une fascination réciproque, ils vont passer une semaine à tenter de s‘apprivoiser, mus par une envie irrépressible de poursuivre l’aventure ensemble. Un western inattendu à marée basse qui mêle rythme, humour, poésie et dialogues salés, à l’image des paysages de Guérande. Un second roman réussi pour l’auteur plébiscité d’« En attendant Bojangles », à cueillir avec gourmandise comme la fleur de sel.

« Ceux qui connaissent les caprices de la météo bauloise. Avec le parapluie, (l’écharpe) c’est notre best-seller depuis trois semaines. On ne vend de la crème solaire qu’aux roux et aux Britanniques. » 

Les Passeurs de livres de Daraya  – Une bibliothèque secrète en Syrie de Delphine Minoui
par Christine Fleurot (155 pages, Seuil, €16)

Partie d’une photo  découverte par hasard sur Facebook, Delphine Minoui, grand reporter au Figaro, enquête sur une bibliothèque secrète à Daraya, banlieue historiquement rebelle de Damas, pilonnée, affamée par les forces de Bachar-al-Assad. Entreprise journalistique atypique et périlleuse puisque seules des conversations virtuelles par Skype ou WhatsApp seront possibles. Ahmad, 23 ans, initiateur du projet et Shadi seront, entre autres, ses guides l’emmenant avec leurs smartphones à travers les décombres de cette ville dévastée à la rencontre d’un lieu clandestin où les livres sortis des gravats retrouvent une deuxième vie. Le livre, « combat de papier », brandi comme arme pacifique de résistance. Un document poignant, nécessaire face à l’indifférence et au silence révoltants des puissances internationales.

 « Les livres, c’est notre façon à nous de rattraper le temps perdu, d’effacer à jamais l’ignorance. »

Bonne lecture !

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