Soulages et le Japon : la relation de toute une vie

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Pierre Soulages a été exposé dès 1951 au Salon de Mai à Takashimaya. Ce n’est toutefois que six ans plus tard qu’il s’y rendra avec son épouse. Ses œuvres sont aujourd’hui présentes dans de nombreux musées. L’ouverture de la galerie Perrotin à Tokyo en 2017 marque la continuation de cette relation, avec la présentation d’œuvres récentes dans la lignée de ses « Outrenoirs ».

Sète est « son Japon »

Lorsque très jeune, Soulages découvre Sète il repense à van Gogh qui, arrivant à Arles, s’émerveille : « C’est aussi beau que le Japon ». Il reviendra en 1959 et y vit une partie de l’année avec Colette, son épouse de toujours. A 98 ans, Soulages se régale encore des wagashi¹ que lui apportent les rares visiteurs admis dans cette maison-atelier qu’ils ont tous deux conçue et  dont il dit lui-même qu’elle a été bâtie en fonction du paysage, du terrain, des mouvements du soleil et de la végétation. Dans cet espace ouvert de béton, verre et acier, qui pourrait être l’œuvre de Tadao Andō, Soulages vit en peignant.

Wagashi

La figure de l’arbre noir en hiver

Soulages a acquis très tôt le goût des arbres et des branches, que l’on retrouve chez certains artistes comme Sôfu Teshigahara qu’il rencontre lors de son premier voyage au Japon.  Il s’explique : « Petit, j’aimais beaucoup regarder les arbres, quand ils n’avaient plus de feuilles (…). On voyait bien que chaque arbre poussait d’une manière fidèle à son essence, mais modifiée par le lieu, les accidents du terrain, son exposition à la lumière. Et cela créait dans les branches un jeu incroyable de formes qui agissaient très puissamment sur ma sensibilité… ». On retrouve les motifs sous-jacents de l’arbre dans ses tracés de bandes verticales et horizontales sur les toiles où il peint à même le sol.

©Brou de Noix, 1959 Lavis de brou de noix sur papier, 76x54 cm

Interview de Soulages dans son atelier de Sète (5/9/1970)²

Des signes énigmatiques qui évoquent la calligraphie

L’enjambement de lignes, au sein d’une page blanche, évoque immanquablement la calligraphie. Soulages le reconnaît à propos de ses premiers brous de noix : « J’ai fait des combinaisons de lignes qui se présentent aux yeux du spectateur comme une grande forme […] et je me suis aperçu un beau jour que les dessins pouvaient rappeler les signes chinois. ». Toutefois, comme il l’expliquera plus tard, si on ignore le sens des lettres, la calligraphie devient seulement de l’abstraction. Certes, mais après tout, le « regardeur » n’est-il pas en droit de vivre et d’interpréter librement sa relation à l’art ? Soulages lui même ne nous montre-t-il pas cette voie dans l’exemple de la lithographie n°40 (1979)² ? Elle  semble étonnamment représenter l’idéogramme de l’œil et, fait exceptionnel, Soulages note en référence l’indication « Fais silence », soit : « Regarde plutôt que de parler ».

Laissons Soulages conclure : « Ce qui se passe sur un tableau, qui d’objet en cours de fabrication devient tout à coup quelque chose de vivant, me semble échapper aux mots… »

¹Pâtisseries traditionnelles japonaises  à base de sucre de canne et pâte de haricots qui se consomment souvent en en-cas associés au thé vert.
²http://fresques.ina.fr/soulages/fiche-media/Soulag00043/soulages-dans-son-atelier-de-sete.html
³Exemple donné par Matthieu Séguéla lors de sa conférence du 27-01-2018 à l’Institut français de Tokyo.

Pour les amoureux de Soulages, à noter une exposition à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny en Suisse du 15 juin au 25 novembre 2018.

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