Naïma Korchi, happy nomade

0

« Que veux-tu faire plus tard ? » demandait la maîtresse à Naïma. « Je veux voyager ! » « Ce n’est pas un métier. » répondit la maîtresse. Et pourtant Naïma Korchi, juriste internationale franco marocaine, a réussi à en faire un métier en travaillant et voyageant pour la cause des femmes pendant des années d’abord pour l’ONU, avant de fonder et présider l’Africa Women’s Forum¹.

Sur le terrain pour l’ONU

Un diplôme de droit international d’Assas, un autre des Hautes Études Internationales et un Master d’anthropologie politique et juridique africaine de la Sorbonne en poche, Naïma, élevée dans une famille de juristes dans le sud du Maroc, intègre le système Onusien² pendant une dizaine d’années. Puis, la jeune femme fait un break au décès de son père. Son regard a changé sur le monde qu’elle trouve trop souvent décrit sous le prisme des problèmes, alors qu’il lui paraît exister une dynamique qu’elle souhaite construire autour des femmes, africaines notamment. Beaucoup sont des leaders, parfois dans des domaines en avance sur les pays développés et Naïma pense que la coopération internationale des pays du Sud avec les pays du Nord peut être renforcée à travers les femmes.

« Le discours de femmes est le même partout, les problèmes sont les mêmes. Leur thématique peut rassembler. Il existe en Afrique des bonnes pratiques dont on ne parle pas. Mettons en avant ce qui va bien !  »

Le premier forum de femmes africaines

En 2014, Naïma décide de mettre son idée en œuvre, soutenue par des amis qui l’ont déjà vue sur le terrain à l’ONU. C’est ainsi qu’elle monte son premier forum en plein désert à Dakhla au Sahara Atlantique Marocain, un lieu audacieux à l’image de son idée de renaissance panafricaine des femmes. Une centaine d’entre elles, leaders en provenance de 35 pays africains, s’y retrouvent pour trois jours. Le but ? Donner la parole à chacune pour des interventions courtes de 5 minutes, mais que tous les pays soient entendus. C’est un succès et Naïma décide de continuer !

« Les femmes m’ont suivie car j’ai une expérience de terrain, je connais leurs droits.
Ma sincérité et ma crédibilité sont ma carte de visite. »
©Africa Women's Forum - Mid&Plus

Impliquer toujours plus de femmes

En 2015 Naïma crée un bureau à Rabat, puis d’autres bureaux ouvrent en Tunisie, Gambie, au Ghana et récemment au Benin, bientôt en Afrique du Sud et en Éthiopie. Chaque bureau obéit à une charte et signe des statuts qui sont adaptés selon les lois de son pays. Un nouveau forum se tiendra en 2015, puis en 2016. Naïma propose ensuite de faire des sessions régionales et c’est ainsi qu’un forum pour l’Afrique de l’Ouest a lieu en 2017 à Accra au Ghana. En novembre 2018, une grande messe de toutes les régions est prévue au Maroc.

« Je ne viens pas donner des leçons, je viens écouter les femmes
et les aider à améliorer leur situation en respectant leur culture. »©Africa Women's Forum - Mid&Plus

Naïma est la première surprise par la rapide évolution du forum qui, en plus de ses propres sessions, est invité dans les grandes rencontres internationales et a obtenu des labels comme celui de la COP22. Au-delà de cette coopération féminine, elle est fière de réunir des femmes de pays en conflit qui s’appellent entre elles My sister, persuadée que pour marcher vers la paix et le développement des états, il faut y impliquer plus de femmes.

Aujourd’hui consultante internationale sur toutes les questions de droit et de développement international, experte dans la situation des femmes dans les conflits et violences extrêmes, notre happy nomade dit être en accord avec elle-même : « Il faut faire des choses qui vous rendent heureuse, trouver son bonheur et le développer. On peut être ambitieux et réussir en gardant son éthique. »

Marie-Hélène Cossé

©Naïma Korchi - Mid&Plus¹Africa Women’s Forum, organisme militant pour une meilleure visibilité des femmes africaines et un renforcement de leur leadership.
²Elle oeuvre notamment sur le terrain pour le Haut Commissariat aux Réfugiés en Afrique où elle découvre l’importance du travail des femmes sur le terrain.

 

L’ARTICLE VOUS A PLU ? PARTAGEZ LE :

Les commentaires sont fermés.