À chacune son livre de l’été

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Le venin du papillon de Anna Moï (Gallimard, janvier 2017, 304 pages, €17,50)
pour Christine Fleurot 

Pour celles qui ont lu Riz noir, une nouvelle fois, Anna Moï, revient vers son pays natal mais cette fois-ci sur fond de période post-coloniale française et présence américaine. Xuan vit sa vie de jeune adolescente, entre un père militaire et une mère qui survit vaillamment de petits boulots extravagants. La rencontre avec deux enfants de diplomate, Odile et Julien, livrés à eux-mêmes feront sauter les verrous d’une rébellion latente. La joyeuse bande s’encanaille, deale, vole, couche… Xuan connaîtra l’éveil de la sensualité et de la sexualité dans les bras d’un haut fonctionnaire. La chrysalide devient papillon : « Si grandir est un crime, elle sera criminelle ». Les adultes n’ont pas toujours le beau rôle, les femmes sont fortes, les religions telles qu’elles soient sont pointées du doigt. Évidemment on pense à L’Amant de Marguerite Duras… Le style d’Anna Moï sait se faire tour à tour caustique, drôle mais aussi sensuel et poétique. Un bel hommage à l’adolescence, une métaphore sans nostalgie d’une mutation d’un pays et de sa culture.

Les furies de Lauren Groff (Fates and furies, Éditions de l’Olivier, janvier 2017, 427 pages, €23,50)
pour Marie-Hélène Cossé

Je l’achète, comme beaucoup d’autres, quand mon libraire me dit que c’est le roman préféré de Barack Obama et… pour sa phrase d’accroche : « Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. » Mais une fois ouvert, impossible de refermer ce récit haletant, baroque, de la vie d’un couple fusionnel de bobos américains (lui dramaturge, elle galériste). Mariés à 22 ans, beaux, séduisants, tout commence par leur réussir (première partie du livre Fates). Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des ombres… Celles-ci se révèlent dans la dernière partie Furies. On ne s’ennuie pas une seconde dans ce roman bouillonnant à la Hitchcock où la société américaine est parfois dépeinte au vitriol. Vaut-il mieux taire les secrets ? Faut-il se méfier de ceux à qui tout réussit ?

Condor de Caryl Férey (Gallimard, Série noire, mars 2016, 416 pages, €19,50)
pour Vicky Sommet

Les polars où assassins, tortionnaires et tireurs d’élite le disputent au déferlement d’hémoglobine, très peu pour moi. Et pourtant, je suis tombée sous le charme de cet auteur français qui installe ses héros dans un décor réel, fruit de ses nombreux voyages. Après la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud, l’Argentine, il nous embarque au Chili, dans une course-poursuite entre les ruelles des quartiers mal famés et les demeures de la haute bourgeoisie où se côtoient gentils et méchants, les petits malfrats, les dealers, les flics et les avocats. Jusqu’à un dénouement où l’amour, l’amitié, la tendresse et la bonté vont réduire à néant vengeance, violence et volonté de pouvoir. Avec une plongée dans l’histoire de ce pays qui n’a pas encore réglé tous ses comptes avec une démocratie bafouée et une dictature qui a profondément marqué toute la société. Un thriller haletant au pays du chili con carne.

La fuite des poulets roumains d’Isabelle Scherer (Librinova, avril 2017, 112 pages, €11,90)
pour Agnès Brunel

Une fois n’est pas coutume, c’est un ouvrage de la famille Mid que je vous recommande cet été. Isabelle Scherer, notre Mid&Londres, signe là un excellent premier roman. « Bucarest dans les dernières années du régime de Ceaucescu, deux adolescents, Nicu et Mircea, taguent sur un mur de leur lycée un appel à la liberté ». Les conséquences seront terribles : brimades, traques, tortures, emprisonnement. Le récit est haletant. Mais leur volonté ne faiblit pas. La barbarie fait partie du monde mais l’espoir aussi. Ils vont gagner chèrement leur liberté pour pouvoir enfin « vivre ». Un style vif, enlevé, des héros attachants qu’on a du mal à quitter. Inspiré d’une histoire vraie, ce récit est à partager avec les jeunes générations, pour ne pas oublier.
Roman finaliste du concours Gallimard Jeunesse 2016 à destination des jeunes et des moins jeunes.

Du court et du long dans la sélection d’Anne-Claire Gagnon, auteur de Ce chat qui a changé ma vie

Allez les filles, debout ! de Béatrice Chauvin-Ballay (Paul&Mike, avril 2017, 128 pages, €12,50)
La nouvelle est un art, et pour un premier livre, Béatrice Chauvin-Ballay y réussit à merveille, avec une gouaille très parisienne, avec, dès la première page, un homme à croquer, baptisé Criquet, que vous n’êtes pas prête d’oublier ! Au milieu d’une surprenante constellation de trajectoires croisées et de destins de femmes. Chaque nouvelle frappe, touche, fait rire ou réfléchir, pour que vous aussi vous chantiez, allez les filles, debout !

Leopard Hall de Katherine Scholès (Belfond, avril 2017, 640 pages, €22,50)
Ne partez pas sans glisser dans votre valise les 640 pages du dernier Katherine Scholès qui a le chic des angles extraordinaires et de la résilience, même en pleine guerre. Laissez-vous emporter jusqu’en 1964, au Congo, pour devenir Anna, partie à la recherche de son père et qui trouvera au bord du lac Tanganyika une 2CV, des chats siamois, Eliza – une femme digne de la Reine des Pluies – et surtout la petite fille qu’elle fut.

 

 

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