Basquiat et Schiele, héraut et prophète

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La publicité et les publications sont si nombreuses que l’on hésite à ajouter quelques lignes… Il est vrai que le cadre est prestigieux, le marketing déchainé et que cette rétrospective est exceptionnellement abondante. Bernard Arnault s’est mobilisé comme jamais pour obtenir des prêts de riches particuliers. Quels liens entre le « bad boy » mort à 28 ans d’une overdose et le quatrième homme le plus riche de la planète, bientôt septuagénaire ?

Pour les non spécialistes, ce sont les « têtes » et les « martyrs » des corps déchiquetés qui vous saisissent aux tripes. Peinture sanglante, violente, chaotique et brutale du jeune noir qui s’en prend à une société raciste, dont il saura tirer des avantages financiers. Si le Moma a écarté le « nègre » de Brooklyn, à l’exemple du Louvre refusant des impressionnistes, des galeristes et des collectionneurs acceptèrent rapidement de payer cher un artiste qui eut Warhol comme mentor. Affiches, collages, allégories de la condition des noirs n’engendrent pas un choc aussi fort. Ces œuvres sont souvent surchargées de mots, compréhensibles seulement pour les initiés à la culture américaine et africaine.

« ll relie l’Atlantique noire, la diaspora africaine, l’esclavage, le colonialisme, la répression et l’exploitation avec la période dans laquelle il vit, le New-York des années 1980. » Dieter Buchhart, commissaire de l’exposition

Compte tenu de la longueur de l’expo Basquiat, il faudrait une seconde visite, consacrée à Schiele, peintre autrichien peu connu des Français, lui aussi un original qui a marqué son époque. L’on doit cette juxtaposition à la très remarquable directrice de la Fondation, Suzanne Pagé, qui fut la Conservatrice du Musée Municipal d’Art moderne :

« Ces deux révoltés partagent quelque chose de l’ordre de la fulgurance, ils ont eu tous deux une brève formation académique… ils se sont donné une mission : l’un se voyait comme un prophète, l’autre comme un héraut de la cause des artistes noirs… des dessinateurs virtuoses… des artistes à la carrière courte (10 ans) qui ont vécu dangereusement et sont morts au même âge. »
©Basquiat & Schiele - Mid&Plus

L’exposition Egon présentée au seul rez de chaussée est plus réduite : une centaine d’œuvres sur papier et de rares toiles, beaucoup de musées n’ont pas voulu se démunir de leurs tableaux en 2018, année Schiele. Il ne semble pas aimer son corps, car il le disloque indéfiniment dans de nombreux autoportraits à côté de nus féminins, masculins, enfantins et de représentations de la mort. C’est un dessinateur de grand talent.

Pierre-Yves Cossé
Un Breton à Paris

Jean-Michel Basquiat & Egon Schiele à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 14 janvier 2019, ouvert de 11h00 à 20h00. Billet unique valable pour les deux expositions.
♥L’exposition Basquiat parcourt, de 1980 à 1988, l’ensemble de la carrière de l’artiste déployée sur quatre étages, 120 oeuvres décisives.
♥Première monographie de Schiele à Paris depuis 25 ans, l’exposition propose des œuvres de tout premier ordre.

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