Aurore Avarguès-Weber, la recherche au féminin

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Le Docteur Aurore Avarguès-Weber¹, chercheur CNRS, travaille en neurosciences sur la cognition animale et sur l’intelligence des abeilles. Invitée à Saint-Gervais-sur-Mare (Hérault) par la Maison Cévenole, son exposé confirme que la recherche peut être brillamment menée au féminin.

Un modèle fascinant de recherche. Lors de ses études Aurore qui cherche à comprendre ce que les animaux ont dans la tête choisit un stage sur les orangs-outans en Indonésie, stage annulé pour raison de conflits dans le pays. Par dépit, elle se rabat sur les abeilles à Toulouse. Elle comprend vite qu’elle peut travailler dans la nature, que les abeilles sont intelligentes et qu’il est facile de communiquer avec elles. Plus tard pour sa thèse, elle se retrouve à l’Université de Toulouse pour des raisons familiales, dans le laboratoire où elle avait fait son premier stage. Enthousiasmée par les réponses qu’elle obtient en une ou deux semaines, elle estime les abeilles fascinantes. Un terrain quasi vierge où tout est à découvrir. Et qui fera probablement son modèle d’étude principal pour l’ensemble de sa carrière.

L’abeille peut changer nos perspectives. Aurore explique en substance que l’abeille est en train de lui faire changer sa perspective sur les humains. Avec un cerveau d’un millimètre doté d’un million de neurones (nous en avons cent milliards), l’abeille possède un niveau de conscience très élevé dont nous croyions avoir l’exclusivité. Ce peu de neurones permet à l’hyménoptère l’apprentissage, la reconnaissance des odeurs (une start-up l’utilise dans les aéroports pour repérer les substances illicites !) L’abeille reconnaît les couleurs (sauf le rouge) mais aussi les UV que nous ne percevons pas. Tout comme les visages… même quand celui-ci tourne, en utilisant, comme nous, des configurations spatiales. Elle catégorise alors qu’on pensait qu’il fallait le langage pour le faire, sait compter, s’adapte aux situations, etc. De là à penser que ses neurones, à elle, ont plusieurs fonctions…

©Marie-Hélène Cossé - Mid&Plus

Pour les Femmes et la Science. Le domaine d’Aurore intéresse la Fondation l’Oréal, convaincue d’une manière générale que la science est indispensable pour un futur viable et qu’elle a besoin de compétences féminines. Depuis 1998 l’Oréal travaille « Pour les Femmes et la Science » en partenariat avec l’Unesco et FWIS_fondation-415x263l’Académie des Sciences. Elle remet des prix a des jeunes chercheuses internationales. À ce jour elle en a soutenu plus de 2 250 à travers 110 pays. Et depuis 2007 elle distribue des bourses (140 au total) à de jeunes doctorantes ou post-doctorantes de toute nationalité, travaillant dans un laboratoire de recherche en France.

Aussi facile pour les femmes que pour les hommes. De l’avis d’Aurore, qui n’a senti aucune discrimination hommes-femmes en sciences, ces dernières mettraient elles-mêmes une limitation sur l’évolution de leur carrière. Elles craignent de ne pas être à la hauteur, de ne pas gérer la surcharge de travail et ne veulent pas que cela ait un impact sur leur vie de famille. Pourtant il existe des aides, un soutien à la maternité … Quant aux salaires, basés sur des grilles de la fonction publique, ils sont les mêmes pour même ancienneté et même grade.

La grande majorité des Européens pense pourtant encore que les femmes n’ont pas les capacités requises pour accéder à des postes scientifiques de haut niveau. Cela incite Aurore à parler de son quotidien de chercheur aux jeunes étudiantes souhaitant emprunter des carrières scientifiques. Et lorsqu’elle parle des abeilles, elle donne envie de s’intéresser à la recherche avec son sourire, sa bonne humeur et sa façon d’expliquer des phénomènes complexes avec des mots simples.

Isabelle Brisson
Mid&SudOuest

¹Docteur Aurore Avarguès-Weber, chercheur CNRS à l’Université de Toulouse III, lauréate en 2014 d’une bourse l’Oréal-l’Unesco, puis du prix « Talents prometteurs 2015 » de cette même Fondation pour son projet sur l’élucidation des mécanismes neurobiologiques de la cognition visuelle dans des cerveaux miniatures.

 

 

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