Claire Basler, l’insoumise

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J’aime tout chez elle : son œuvre évidemment, si riche, si variée avec ses cieux changeants et lumineux, la nature forte et harmonieuse, mais aussi son honnêteté à suivre son chemin contre vents et marées, son énergie, sa volonté, sa ténacité, sa créativité, sa fantaisie…
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Être peintre

Aussi loin que remonte son souvenir, Claire Basler n’a jamais posé ses crayons. Elle a toujours voulu, sans forcément le formuler clairement, « être peintre », ce qui, en soi, est un pari osé à l’âge où l’on se cherche. Renoncer aux Beaux-Arts après quelques mois, pour dire non au totalitarisme de l’art conceptuel qui seul a droit de cité dans les années 80, peut sembler un acte fou. Ou simplement, l’expression de la liberté, de sa liberté. « Peindre la nature » ne peut se concevoir dans le carcan intellectuel de cette époque qui interdit de peindre « hors du moule », mais c’est pour Claire une question de survie pour ne pas être « abîmée » !

Son amour de la nature remonte à l’enfance, aux étés passés dans le Jura dans une nature sauvage en liberté : « la nature est vivante, intelligente, c’est une compagne proche, stable, forte et fragile à la fois qui enseigne la patience ». Une artiste, en somme ! « Elle est une source inépuisable d’inspiration, un émerveillement quotidien, magique ».

Alors, qu’à cela ne tienne, Claire tracera sa route puisque ce n’est pas celle des autres. Elle sera une des premières artistes à organiser des portes ouvertes dans ses ateliers pour faire partager son regard. Et quels ateliers, quelles portes ouvertes ! En poussant sa porte en plein Montreuil, il y a quelque temps déjà, c’est un enchantement. On laisse une petite rue en pleine ville qui ne paye pas de mine et on arrive dans un endroit de charme où tout est merveilleusement mis en scène : les toiles et les magnifiques bouquets s’entremêlent, les buffets sont colorés, graphiques. Il règne un sentiment de bien-être, le chat participe au décor lové dans son fauteuil.

Tout est à sa place, tout est beau, tout est harmonieux

Mais Claire a toujours un projet d’avance et suit son instinct. Et de lieu en lieu, elle se « pose » au Château de Beauvoir à Échassières dans l’Allier. Le défi est immense. Tout est à créer. Mais le lieu est magique et Claire le rend inoubliable : une parenthèse enchantée, un instant volé au quotidien. Vous déambulez dans le château et les communs et vous êtes dans un décor de film : la Belle et la Bête, Peau d’Âne… Les murs sont peints, les bouquets surdimensionnés se mélangent aux toiles qui tapissent les murs.

 

 

Claire a une vraie passion de l’esthétisme qui est un « moteur de bonheur » et quand elle regarde un lieu, elle le vit, elle voit la lumière, les volumes. C’est une « metteuse en scène » hors pair. La composition est dans ses gênes. Elle aime les maisons : « la nature, les maisons et les tissus sont des berceaux où l’on se sent bien ; la décoration est vitale, pas superficielle, elle fait partie de l’Art de vivre. Quand le lieu est beau, il devient rassurant ». Tout l’interpelle : un clou, une vis, un miroir ancien. Le moindre bout de papier est transformé en un beau luminaire, des cartons peints deviennent d’élégantes étagères de rangement, la guirlande lumineuse fait briller un long couloir austère, les lustres d’une banale enseigne de décoration prennent une place à part dans le décor.

© Claire Basler-Midetplus

Où puise-t-elle son énergie pour tout mener de front ?

De courtes nuits, une vision claire du projet à mener, un geste vif et par dessus tout de la volonté alliée à l’énergie naturelle et de l’émerveillement : « Je n’en suis jamais revenue d’être peintre et, pour moi, c’est une fête tous les jours et pour toute la vie ». Un conseil : ne ratez rien de son actualité. Elle partage avec ses visiteurs ce que la nature lui a offert : la force et la joie, l’émotion et la douceur. Poussez jusqu’à Échassières à l’occasion de ses portes ouvertes, vous ne le regretterez pas.

Agnès Brunel-Averseng

Claire Basler  Château de Beauvoir, 03330 Échassières
*Article translated by Katie Wilkinson for My French Life.

Les questions Mid&Plus
©Claire Basler

Bien passé le cap Mid&Plus ? Oui, très, très bien, même si le miroir me dit parfois le contraire. On est plus forte, plus épanouie et apaisée. Ce sont des formes de beauté qui s’expriment. On sait mieux prendre le plaisir, comprendre, découvrir, absorber, on est moins désordonnée donc on souffre moins.

Comment appréhendez-vous le temps qui passe ? Il ne me fait pas peur. J’adapterai mon travail à mes moyens. Mon travail sera autre et donc cela va me ressourcer. Je ne me suis jamais acharnée à penser à des choses qui sont imprévisibles. Il ne sert à rien de s’assurer pour l’avenir. Il y a encore beaucoup de bonheur en perspective. Nos ressources sont infinies.

Un conseil à donner à celles qui n’y sont pas encore ? Apprendre à vivre son âge. Regarder le passé en en tirant les enseignements positifs et surtout regarder en avant. Chercher le positif en soi pour bien apprendre à se connaître.

Avez-vous du renoncer à des projets dans votre vie à cause de votre statut de femme ? Non pas vraiment, cela ne m’a pas fait renoncer mais avoir une peinture « féminine » et être une femme a parfois rendu les choses plus difficiles. Mais quand les choses ne sont pas faciles et qu’on les fait quand même, on est plus fort.

Quels sont vos trucs, astuces au quotidien pour vivre une journée positive ? 
-Marcher dans l’herbe, faire une balade au lieu d’aller dans une boutique acheter une robe.
-Ranger l’atelier, vider le lave-vaisselle : rien de tel qu’une besogne ménagère pour se mettre en route mécaniquement, pas besoin de réfléchir !

Avez-vous une discipline de vie pour entretenir votre forme physique et mentale ? Rires. Je fume, je bois… Aucun secret de bonne santé. On est beaucoup trop dans la prévoyance, je suis contre la prévoyance. Vivre au jour le jour.

Votre tenue vestimentaire idéale ? Mon tablier, je l’aime d’amour. Il est plein de couleurs. Mais j’aime aussi m’habiller même si je n’en ai pas souvent le temps et l’occasion. La vie au château est rude et les talons hauts ne sont pas appropriés !

Quel livre sur votre table de chevet ? Malgré le manque de temps, des classiques : Giono, Hugo, Stendhal.

Quelles sont les valeurs, les idées que vous souhaiteriez transmettre ? L’intemporalité des choses. Les gens ne savent pas regarder. Regarder est un apprentissage silencieux qui vaut bien des lectures. Lever les yeux sur le ciel et les gens.

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