Suzanne Noël, pionnière de la chirurgie réparatrice

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Docteur en médecine, spécialisée en chirurgie esthétique, elle a autant œuvré pour les « Gueules cassées » au sortir des deux guerres mondiales que pour les femmes fâchées avec leur beauté en ce début du 20ème siècle. Sarah Bernard fut une de ses premières clientes… 

Un destin hors norme

Née en 1878, Suzanne se marie avec un dermatologue qui la pousse à poursuivre ses études. Elle passe son baccalauréat et étudie la médecine, une première à l’époque. Elle commencera son parcours médical avec un spécialiste de la chirurgie maxillo-faciale très réputé, à tel point qu’Al Capone l’appellera à Chicago pour effacer ses cicatrices. Son premier mari décèdera des suites du gaz moutarde et elle se remariera avec un jeune médecin dont elle a un enfant. Il soigne les syphilis, alors qu’elle pratique la petite chirurgie ambulatoire. Sa fille mourra de la grippe espagnole et son mari dépressif se suicidera dans la Seine. Suzanne se battra alors pour que les ponts de Paris soient équipés de bouées de sauvetage.

Chirurgienne en temps de guerre

En 1914, sans avoir pu soutenir sa thèse de doctorat, Suzanne Gros est autorisée à exercer la médecine en ville. Elle rejoint alors l’hôpital militaire du Val-de-Grâce et se forme aux techniques de la chirurgie réparatrice et correctrice. Dans des conditions précaires, elle participe à l’effort de guerre en opérant les « baveux » puis les « gueules cassées », en pratiquant « l’autoplastie par jeu de patience », les premières greffes de la peau. Elle soutiendra enfin sa thèse en 1925 à 47 ans sous un faux nom et étendra ses activités de chirurgie aux autres parties du corps (remodelage des seins, des fesses, des cuisses, dégraissage de l’abdomen et des jambes), ce qui l’amènera à inventer des techniques (dégraissage par aspiration) et des instruments comme le craniomètre encore utilisé aujourd’hui.

Une couturière de la peau

La chirurgie esthétique jugée futile, elle a le champ libre pour s’exercer. Elle met au point « la soft touch », crée de petits instruments, suit ses patientes jusqu’à obtenir la perfection, Ses consultations ont lieu dans son appartement où elle reçoit femmes d’affaires, artistes enseignantes et des petites employées, opérant parfois gratuitement pour les plus pauvres. Elle appelle « légers lissages » les liftings, qu’elle réalise sans hospitalisation ni cicatrices visibles. Pendant la guerre de 39-45, elle modifie les visages des résistants ou de juifs recherchés par la Gestapo. À la Libération, elle efface les séquelles physiques de déportés de concentration.

 Devenue aveugle, elle ne pourra plus opérer et s’investit dans les clubs Soroptimist pour améliorer la vie des femmes, éducation, autonomie financière ou violence domestiques, en voyageant à Istanbul, Pékin ou Tokyo. Opérée à son tour, elle continuera à travailler pour recoller les oreilles des ados ou réparer les becs de lièvre à 75 ans, avant de mourir en 1954. Une bourse portant son nom fut créée pour aider une femme médecin à se spécialiser en chirurgie plastique.

Vicky Sommet

Lire Suzanne Noël : cosmetic surgery, feminism and beauty in early twentieth century France de Paula J. Martin (Éd. Ashgate, 1988, rééd. 2014). Suzanne Noël (1878-1954) : Pionnière de la chirurgie esthétique et du mouvement féminin Soroptimist par le Dr Jeannine Jacquemin (Revue d’histoire des sciences médicales n° 22, 1988).

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