Elizabeth et Margaret, deux sœurs, une Couronne

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« Elizabeth est ma fierté, Margaret ma joie. » disait leur père, le roi George VI. La première est née en 1926 et la seconde en 1930, quatre ans de différence, mais élevées comme si elles avaient le même âge. Les deux sœurs ont rapidement été très proches et amenées à partager beaucoup de choses ensemble comme l’amour de leurs parents. 

Complices ou rivales ?

Souvent habillées de la même marnière, elles se montrent fusionnelles, puis Elizabeth devient l’héritière du trône après l’abdication de son oncle Edouard VIII en faveur de leur père George VI. C’est le moment clé où elles découvrent une réelle différence de rang entre elles. Les deux princesses n’ont pas le même poids sur les épaules. À Elizabeth les cours de droit constitutionnel et à Margaret les leçons de piano…

Destins parallèles

Lorsqu’elle devient reine en 1952, Elizabeth se laisse habiter par son sens du devoir, sa responsabilité envers la couronne et sa loyauté envers son peuple. La princesse Margaret emprunte une voie différente, plus mondaine et rebelle. Elle peine alors à trouver sa place et un sens à sa vie dorée, malgré son statut de star vedette des Windsor. Elle aime jouer avec les codes de son monde et s’affranchir des convenances. Elle passe de soirée en soirée, souvent un verre à la main… mais ne déteste pas non plus exercer sa condition royale et représenter sa sœur lors d’obligations officielles, vêtue des plus belles robes haute-couture. Elle devient une icône bien avant la princesse Diana alors que pour Elizabeth, au contraire, les robes de bal, tiares et autres bijoux sont une armure qu’elle porte pour promouvoir la monarchie britannique à travers le monde. Dans un empire en proie à de grandes mutations, elle est le ciment entre ses peuples par son côté « no-non sense »

Le mariage impossible

Pendant les cérémonies du couronnement d’Elizabeth, dit-on, Margaret informe sa sœur qu’elle a décidé de se marier avec Peter Townsend, mais l’élu du cœur, même si héros de guerre, écuyer du roi, est divorcé et pas de première fraîcheur… Le mariage ne se fera pas, même si Elizabeth souhaitait l’autoriser. Le gouvernement n’est pas pour et l’Église d’Angleterre, dont Elizabeth est quand même le Chef, ne reconnaît pas le divorce… Après moult tergiversations et l’éloignement des amoureux, on propose à Margaret une sorte d’exil et l’abandon de ses droit successoraux pour pouvoir épouser Peter. Margaret, très attachée à sa condition royale et à ses privilèges, refusera. Vous connaissez le dicton sur la crémière, l’argent et le beurre…

La princesse triste

Cette histoire les aura sans doute blessées et éloignées même si leurs liens sont demeurés indéfectibles¹. Margaret se marie enfin en 1960 mais « the lucky one » n’est pas vraiment conventionnel, Anthony Amstrong-Jones est un roturier, photographe de renom plutôt sulfureux, artiste, très « Swinging London » , une première en Angleterre… À sulfureux, sulfureuse et demi, elle continue à faire la une des journaux. Charismatique, elle captive le public au bras de son élégant photographe et exhibe sa vie mondaine en traînant son ennui et en noyant son inénarrable chagrin… Et l’âge ne lui fait pas de cadeaux. Elle trouve refuge dans sa maison de l’Ile Moustique où elle enchaîne les amants de plus en plus jeunes, rassurez-vous son mari n’est pas en reste… Ils finissent par divorcer. Elizabeth II, elle, n’a jamais caché que, même si elle aurait préféré vivre calmement dans la campagne anglaise, entourée de sa famille, de ses chiens, de ses chevaux, le devoir est plus important que toute chose pour celle qui vit son règne comme un sacerdoce.

Margaret est morte en 2002. Le jour de son enterrement on a vu Elizabeth II pleurer, ce qui s’est rarement produit (sauf pour le démantèlement du Britannia) et ces larmes montrent aux yeux du monde le lien si spécial qui unissait les deux femmes et cela depuis leur plus tendre enfance. Andrew Morton, biographe de la famille royale souligne : « Les deux sœurs étaient universellement connues et presque constamment entourées de gens et pourtant, à bien des égards, elles restaient indéchiffrables pour tout le monde sauf pour l’une et l’autre. C’est à partir de cette position de grand isolement que les sœurs ont formé leur lien inséparable et intime². »

Anne-Marie Chust

¹Elizabeth offrira à Margaret un palais de 20 pièces à Kensington.
²Une ligne directe avait été installée entre Buckingham et Kensington, elles bavardaient et riaient ensemble tous les jours.

Offrir un joli livre pour Noël :
« Elizabeth II, les chapeaux de la couronne » de Thomas Pernette (Epa Eds, 2021)

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