Martine Laruaz, une femme béton

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Fille d’agriculteurs née dans les Deux-Sèvres, Martine Laruaz sort des sentiers battus : deux DESS, un master de Droit des affaires, une belle carrière chez Ouest-France avant de reprendre avec son mari une entreprise de réhabilitation tous corps d’état. Retour sur le parcours d’une femme dans le bâtiment, battante et à l’écoute de ses salariés.

Faire carrière

Martine dit de Ouest-France, le journal emblématique de l’Ouest, où elle entre à 23 ans comme contrôleur de gestion et fait carrière pendant presque 20 ans, qu’elle y a rencontré deux dirigeants, mentors dans sa vie professionnelle et dans sa construction, qui l’ont aidée à prendre sa place. «  Mais on ne prend pas sa place n’importe comment », ajoute-t-elle, « Ils m’ont appris à anticiper les réactions des autres et ne m’ont jamais fait sentir que j’étais une femme. J’y pense encore aujourd’hui quand j’ai une décision importante à prendre. »

Sa source d’inspiration

Une grand-tante, l’aînée de sept enfants, qui à la mort de sa mère reste à la ferme natale afin d’élever ses frères et sœurs, puis quitte enfin la maison à 36 ans pour Nantes reprendre des études avant de s’installer à Paris où elle devient cadre de banque chez BNP Paribas. « Elle m’a fait découvrir Paris, la bibliothèque de Beaubourg. C’est une femme inspirante qui m’a ouverte à la connaissance. »

L’aventure du bâtiment

Lorsque Martine et son mari rachètent l’entreprise en 2004, Isore Bâtiment¹, située près de Laval en Mayenne, fonctionne avec une trentaine de salariés. Dix ans après, la société emploie 114 salariés (150 avec le personnel intérimaire) pour un chiffre d’affaires de plus de 30 millions d’euros ! Les débuts sont difficiles, car il lui faut combattre de nombreux préjugés existants envers les femmes dans le milieu du bâtiment : elle est considérée comme la femme de son mari et non pas comme son associée ; on lui demande si elle veut faire partie de la Commission Femmes du Bâtiment avant de comprendre qu’il s’agit… d’une réunion des épouses de ces messieurs !

Des valeurs humanistes

Dès la reprise, le souhait de Martine et de son mari est de développer une activité rentable certes, mais en respectant tout à la fois collaborateurs, clients et environnement conformément à leurs valeurs. Leur mot d’ordre est « Occupons-nous de nos salariés, ils s’occuperont de nos clients » ! Sur un plan environnemental, le projet phare de la société a été, bien avant les autres en 2006, la construction d’un siège social à énergie positive. Disposant de la triple certification, sécurité, qualité et environnement, le groupe met en outre en œuvre une démarche QSE et une politique volontaire de revalorisation des déchets.

Ça coûte, mais ça rapporte !

La mise en place du RSE² n’est en aucun cas une obligation pour les PME, mais pour Martine Laruaz, c’était une démarche indispensable, participant à la vitalité de l’entreprise et à ses valeurs, un levier de motivation des collaborateurs (la démarche facilite le recrutement notamment près des jeunes plutôt séduits par les grands groupes en début de carrière) : « Cela ne doit pas être une approche figée, mais rester en évolution constante afin d’intégrer les nouvelles problématiques ». La dirigeante privilégie les actions concrètes où les faits rejoignent le discours : « Faire, plutôt que faire savoir. »

Une école de formation

Pendant un an, des équipes d’Isore ont échangé afin de capitaliser les savoirs et savoir-faire de l’entreprise et ont abouti en 2012 à la création d’une école de formation interne, Isore Performance. Les cours sont dispensés par deux chefs de chantier et un technicien, formés à former. Les cours sont pour l’instant dédiés aux nouveaux entrants, au rythme de 15 personnes par an. « Une façon de répondre aux enjeux sociaux au sein d’une entreprise est de gérer la transmission des savoirs intergénérationnels.  »

Les femmes chez Isore

Un des principes de la RSE explique  Martine Laruaz est d’aider le travail des femmes. Dans l’entreprise, il y a des femmes aux postes clés et parité au comité de direction, 3 hommes pour 3 femmes. « Nous acceptons systématiquement les demandes de temps partiel. Ce n’est pas un frein au travail si les responsabilités peuvent être assumées. »

« Oubliez que vous êtes une femme, ne vous autocensurez pas, regardez vos points forts et vos compétences, vendez-les, allez-y, osez ! Il ne faut pas céder à la tentation d’arrêter de travailler après une maternité, car il est très difficile de retrouver le rythme ensuite, tout va très vite, trop vite. »

Pour Martine Laruaz, cette extra-terrestre dans le monde du bâtiment, être mid life veut dire être maître de son destin. Saluons ici un beau parcours fait de volonté et d’écoute.

Marie-Hélène Cossé

¹Spécialisée dans la réhabilitation de façade et l’isolation par l’extérieur de logements collectifs.
²La RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) est la contribution des entreprises aux principes du développement durable, leur responsabilité vis-à-vis des impacts de leurs décisions et activités sur la société et sur l’environnement.

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