Mey Sareoua, une prof d’aujourd’hui

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Passionnée de littérature, Mey Sareoua a choisi d’enseigner le français. Son père l’y a vivement encouragée et comme elle aime le contact avec les adolescents, qu’elle apprécie aussi la liberté que procure ce métier et parce qu’enfin cela lui permet de ne pas travailler en groupe, sa personnalité de solitaire invétérée y a trouvé son compte.

Enseignante et actrice. Son désir secret était de faire du théâtre « En étant prof, j’ai vraiment l’impression d’être en représentation, je fais des woman-show toute la journée, sur scène six à sept heures par jour. Quand je suis fatiguée, je ne sens plus la fatigue, quand je suis malade, je ne sens plus la maladie, en fait je me sens bien en classe ! J’ai tenu dix ans en ZEP, dans des quartiers à problèmes avec des élèves en grande difficulté, mais comme j’étais jeune, que je n’avais pas eu d’autre expérience ni aucun outil de comparaison, pour moi, le métier de prof, c’était ça ! Même si en cours, on est comme un dresseur dans une cage aux fauves ».

Le quotidien se reflète à l’école. Le professeur dans une classe dite « difficile » est seul contre tous. « Il y a les affrontements entre le prof et l’élève et entre les élèves eux-mêmes, avec des bagarres, des insultes, des luttes au compas… À Garges-lès-Gonesse, il y avait un clivage entre élèves juifs et musulmans. À Gennevilliers, ce sont les différences sociales qui priment chez des jeunes qui ne se voient aucun avenir dans l’école. En ZEP, il y avait aussi les primo-arrivants et je me suis retrouvée, sans aucune formation en FLE (Français Langue Étrangère), avec des élèves d’origine turque qui ne comprenaient pas que B + A puisse se lire BA. Là, je me suis sentie terriblement inutile et je l’ai vécu comme un échec qui m’a rendue très triste. »

Le plaisir de transmettre. Mey Seraoua enseigne aujourd’hui dans une école « normale » le français et la littérature. « En 3e, on aborde la grande littérature, Hemingway, Steinbeck, Amélie Nothomb, Romain Gary, et comme il n’y a pas d’œuvres mais seulement une période imposée, je leur fais lire Phèdre et Le Cid en me demandant si ça leur plaira ! Un de mes élèves, qui est tombé à l’oral sur un extrait de Phèdre, s’est vu demander par le jury pourquoi ce choix. Et il a répondu « Parce que j’aime la musique des vers de Racine ». Quand il me l’a raconté, ça m’a juste fait trop plaisir ! ».

Enseigner autrement. L’été, Mey Seraoua lit beaucoup. « Je fais comme Daniel Pennac, je leur raconte ce que l’ai lu pour les harponner. Je ne leur dis pas « Lisez Victor Hugo » mais « Je vous conseille de lire Victor Hugo parce que je ne l’avais pas lu avant et que j’ai trouvé cela extraordinaire ». Et je peux lire dans leurs yeux : « Ah ! oui, pourquoi pas, peut-être… ». Mais l’échange se fait aussi dans l’autre sens : j’ai été contrainte de lire Katherine Pancol même si j’ai absolument détesté. Et je leur lis du Marc Lévy en leur expliquant pourquoi c’est mauvais. Et quand on aborde Marcel Proust, que la thématique est la même, je peux leur dire « Marc Lévy, comment aurait-il écrit avec ses mots ? » Et au bout d’un moment, ils savent faire du Marc Lévy, pasticher un grand auteur et s’apercevoir qu’il y a d’un côté des facilités et de l’autre des originalités. On s’amuse et on rit beaucoup en classe de français ».

Vicky Sommet

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