Qui était Assia Djebar ?

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Pour celles qui n’auraient jamais entendu parler de celle qui vient de s’éteindre à 78 ans le 6 février dernier, Assia Djebar était une figure majeure de la litté­ra­ture magh­ré­bine d’expres­sion française et une virtuose de notre langue, membre de l’Académie Française. Toute à la fois, femme de lettres algérienne, enseignante et cinéaste, grande voix de l’émancipation des femmes : retour sur un destin hors du commun.

Son parcours. Née à Cherchell, à 150 km d’Alger, en 1936, fille d’instituteur, Assia Djebar est la première femme algérienne et musul­mane admise à l’École Normale Supé­rieure de Paris en 1955. En 1999, elle est élue à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique. Elle devient la première person­na­lité du Magh­reb élue à l’Acadé­mie Française en 2005.

Femmes de lettres. De son vrai nom Fatima Zohra Imalayène (jusqu’à 19 ans où elle choisit son nom de plume), Assia (qui signifie la consolation) Djebar (l’intransigeance) a écrit une ving­taine d’ouvrages dont onze romans et a été traduite dans une ving­taine de langues. Son premier roman La Soif (1955) connait le succès. « C’était un air de flûte qui continue à être entendu et à être juste« , dira-t-elle des années plus tard. Son dernier livre paru en 2007 chez Fayard Nulle part dans la maison de mon père est un récit autobiographique. Ses livres les plus connus sont : L’amour, la fantasia (1985), Ombre sultane (1987), Vaste est la prison (1995). Elle reçevra en 1997 le Prix Marguerite Yourcenar, en 2000 le prix alle­mand de la Paix et en 2005 le Prix Pablo Neruda. Elle a été citée à plusieurs reprises pour le prix Nobel de littérature.

Femme cinéaste. Assia réalise un long métrage sur la tribu de sa mère, La nouba des femmes du Mont Chenoua (Prix de la Critique internationale à Venise en 1979). Elle réalise un court métrage, La Zerda et les Chants de l’oubli, sacré meilleur film historique au Festival de Berlin de 1983.

Femme enseignante. Professeur d’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la faculté des lettres de Rabat. Elle enseigne plusieurs années l’histoire à l’Université d’Alger, puis la littérature française à la Louisiana State University de Bâton Rouge et à partir de 2001 à la New York University.

Femme libre. Assia a toujours prôné l’émancipation des femmes musulmanes. Elle s’engage pour l’indépendance de l’Algérie, mais s’oppose à l’arabisation forcée et se veut héritière des deux cultures, maghrébine et française, parlant de l’immense plaie laissée par le colonialisme en Algérie mais de son attachement viscéral au français, « lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même tempo de ma respiration, au jour le jour« , dit-elle. Elle plaide pour la démocratie, les droits de la femme et le dialogue des cultures.

Femme publique. Assia a été choisie en 1983 par Pierre Bérégovoy (Ministre des Affaires Sociales) comme représentante de l’émigra­tion algé­rienne pour siéger au Conseil d’Admi­nis­tra­tion du Fonds d’Action Sociale jusqu’en 1989.

Celle qui disait « Je ne suis pas un symbole. Ma seule activité consiste à écrire. Chacun de mes livres est un pas vers la compréhension de l’identité maghrébine et une tentative d’entrer dans la modernité. Comme tous les écrivains, j’utilise ma culture et je rassemble plusieurs imaginaires. » s’est éteinte. Elle sera enter­rée dans son village natal de Cher­chell, à l’ouest d’Alger.

Marie-Hélène Cossé

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