Familles recomposées, patience et longueur de temps

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Un effet de mode ? Les enfants qui vivent dans des familles recomposées sont de plus en plus nombreux. Leurs parents, pris dans des attitudes contradictoires, veulent les protéger, mais aussi s’épanouir personnellement. De quoi faire mentir l’adage « Du moment qu’on s’aime, tout ira bien » !

Un nouveau mode de vie à inventer

Si dans un couple, chacun passe par des états d’âme différents, bonheur, frustration, excitation, jalousie ou angoisse, il va lui falloir jouer une partition à deux pour la sérénité de sa nouvelle famille. Chacun y allant de ses convictions et de sa culture familiale, il faut aux deux chefs d’orchestre trouver un consensus pour que patience et longueur de temps fasse mieux que force ni que rage. Le vivre ensemble est à imaginer sans souffrance ni privation jusqu’à créer une belle harmonie perceptible par tous. A commencer par le beau-père ou la belle-mère qui, par sa présence, oblige l’enfant à faire le deuil de ses parents réunis. Les moins de 10 ans, acceptent plus facilement l’intrus censé les protéger. C’est moins évident pour l’adolescent qui voit en lui l’ennemi à attaquer.

On ne rejoue pas Cendrillon ou Blanche-Neige

Pour que la belle-mère ne devienne pas une marâtre, c’est au père d’ouvrir la porte et de convaincre ses enfants que sa décision est sans appel. Si les filles sont agressives, pas d’obligation d’amour mais une obligation de respect, leur père ne leur appartient pas. Chez les garçons, c’est la loyauté vis-à-vis de la mère qui se met en travers et la possibilité d’occuper la place du père absent. En résumé, si les parents sont dans la logique de la construction d’un nouvel édifice familial, l’enfant lui est dans une démarche de distanciation, d’autonomie et de liberté. Les résidences en alternance font qu’aucun des parents ne veut être sévère et chacun reconnaît qu’il faut beaucoup d’envie et d’empathie pour aller au-devant de la progéniture de l’autre. Au risque, si les efforts solitaires échouent, que les couples se séparent.

L’ombre des parents absents

Si un parent continue sa vie avec des projets d’avenir, l’autre rumine une trahison et se nourrit de colère et de ressentiments. Ainsi le coupable est montré du doigt et les enfants sont au courant des procédures entamées. Ceci explique aussi que l’enfant qui rejoint sa nouvelle famille apporte avec lui l’ombre du parent délaissé. La psychologue Béatrice Copper-Royer confirme « Les enfants sont de formidables prétextes… Il semble que les femmes ont plus de mal à dépasser leur douleur ! ». Plus encore, quand un parent est mort, l’ombre du souvenir peut être présente mais pas pesante. La cohabitation dépend de l’éducation reçue, du comportement des enfants du week-end, des attitudes à table, en vacances ou à l’arrivée d’un nouveau bébé.

Entre autorité et pouvoir, entre les domaines d’intervention de chaque parent, il faut écarter la culpabilité, accepter le renoncement et permettre à chacun de trouver sa place dans une famille élargie. Et laisser du temps au temps pour « grandir » ensemble !

Vicky Sommet

Et la famille recomposée ? Pas facile, mais possible ! de Béatrice Copper-Royer aux éditions Solar (avril 2019)

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