La galanterie n’est pas lettre morte

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Marque de distinction ou image de domination, cette attitude qui est inconnue des jeunes générations, mais encore si importante auprès des ainés, mérite une seconde vie après examen du modèle patriarcal et du déséquilibre dans les relations hommes/femmes. Bref, ce mythe français pourrait-il encore être vivant ?

Un style national

Si pour Maupassant « La galanterie est morte », il ajoutait, c’est « La plus charmante de nos qualités, une qualité française, toute française, nationale ». Elle se définirait par des mots tels que galant, distingué, charmant, classe. On l’utilise pour nommer des manières de faire, un geste de politesse ou un sourire de flirt. La galanterie est un prisme à trois faces, la politesse, l‘art et l’amour. Pour le Petit Larousse, galant est ce qui a trait à l’amour et la galanterie serait « comme la politesse empressée auprès des femmes ». Tandis que pour le Robert, être galant impliquerait l’idée d’« une ruse redoutable pour la vertu des femmes ». Ce qui pour Madame de Scudéry supposait un je-ne-sais-quoi qui se voit dans les manières, se sent dans les paroles et se juge sur l’agrément.

Les « galantes » prennent la relève

Au 19ème, les ouvrages évoquant les galantes pullulent. Les pétitions apparaissent et 300 signataires seront suivies par 25 000 filles publiques de Paris mises au chômage. La littérature érotique industrielle fait son apparition et le racolage est interdit. La police des mœurs est débordée entre les parties fines, les courtisanes de haut vol, les femmes de théâtre, les filles des maisons closes, les marcheuses (péripatéticiennes) les filles à soldat, les pierreuses peintes par Picasso et les entôleuses (voleuses). L’art galant émergera avec Watteau, Delacroix ou Chassériau et des écrivains tels que de Nerval, Baudelaire ou Dumas.

« La galanterie est la première marche du sexisme »

Julia Kristeva rappelle la différence entre l’homme séducteur et l’homme attentionné, héritier du troubadour et de l’honnête homme ». Elle voit « les rites galants comme une satisfaction pour le narcissisme », une relation de séduction comme « un érotisme de gratification » et se demande « si la galanterie ne peut pas se conjuguer au féminin aussi ». Avec une ambiguïté, le galant homme ou la galante dame étaient des modèles de culture et de distinction. Aujourd’hui, l’homme galant est un séducteur, la femme galante une prostituée. Une femme qui se permet certains gestes à l’égard d’un homme est vue comme une allumeuse.

La France jouit d’un grand prestige pour la démocratie, le droit, la Révolution, mais aussi la courtoisie et la galanterie. Les belles manières se perdent, l’incivilité fait rage, le féminisme a tout balayé, oui mais j’ai envie d’ajouter, un homme qui tient ouverte la porte de la voiture, qui se lève quand vous quittez la table, qui passe devant vous dans un escalier ou qui vous baise la main en vous saluant, j’aime… au risque de passer pour une passéiste. Et si la galanterie est un style, alors soyons stylées !

Vicky Sommet

« La galanterie, une mythologie française » d’Alain Viala aux éditions Seuil (avril 2019)

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