L’œil en éventail, Charlotte Perriand (1903-1999)

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Incontournable à la Fondation Louis Vuitton, une magnifique rétrospective de l’œuvre de Charlotte Perriand présente des réalisations de la créatrice ainsi que des reconstitutions historiques et aborde ses liens avec les artistes de son siècle. Urbaniste, architecte, designer, scénographe, « inventeuse » comme elle se définissait, mais avant tout, une femme indissociable de son époque, curieuse, engagée, avant-gardiste et libre.

Le mobilier, objet industriel

Après ses études à l’École des Arts Décoratifs, entre les deux guerres, c’est l’ère dynamique des machines, l’ère industrielle, et Charlotte y puise son inspiration. Son atelier de Saint-Sulpice, « le Bar sous le toit » en est un exemple parfait. La table extensible est en métal et caoutchouc, les fauteuils tubulaires sont pivotants pour plus de commodité, un phare de voiture fait office de lampe.

Comment voulez-vous vivre ?

Grâce à cette vitrine, elle rejoint l’atelier de Le Corbusier et Pierre Jeanneret  en charge de l’équipement de la maison. Ses créations révolutionnent l’art bourgeois d’habiter, elle réinvente l’habitation et propose un nouvel art de vivre qui répond à la question essentielle : comment voulez-vous vivre ? Modernité de sa salle à manger qui communique avec la cuisine par un passe plat intégré, casiers métalliques empilables faisant cloison, lit sur glissière pour faciliter son déplacement, salle de bain ouverte sur la chambre… Artiste engagée elle travaille pour la libération des hommes et participe à la fondation de l’Union des Artistes Modernes qui réclame « un art moderne, véritablement social. Un art pur accessible à tous ».

« Notre probité professionnelle devrait nous interdire de participer à tous les programmes ne nous donnant pas satisfaction morale et de lutter contre tous les autres. »

L’art brut

À l’issue de cette période « industrielle », Charlotte Perriand ressent l’impérieux besoin d’un retour vers les matériaux naturels et l’architecture populaire. Elle se ressource à la nature. Avec Fernand Léger, son complice de toujours et Jeanneret, ils photographient, collectionnent, reproduisent des galets de plages, des champignons d’arbres, des vertèbres de baleine…Charlotte délaisse le métal pour le bois et les formes libres à l’image du somptueux bureau « Boomerang » (1938) créé pour le directeur du journal  « Ce soir ».
Le bois, sous toutes ses formes, fait désormais partie de sa signature et ne la quittera plus. Bois massif et épais en formes libres, lamelles ou baguettes d’inspiration japonaise, treillages ou cannages de bois tropicaux nés de son séjour au Brésil, bardages et terrasses en bois des constructions de la station des Arcs.

©Expo Charlotte Perriand - Fondation Louis Vuitton

L’empreinte japonaise

En 1940, Charlotte Perriand est invitée au japon en qualité de conseillère pour l’art industriel. Elle parcourt le pays et se passionne pour sa culture, ses rites et ses formes. Le Japon l’inspire et excite son imagination.

« Le Japon en 1940, c’était le bout du monde- une légende- mais j’aimais l’aventure, l’imprévu ! Il s’agissait plutôt d’imprévisible… Le même souci de pureté. La même loi de pénétration des plans. La maison, expression même de la vie. L’esprit moderne présente une grande parenté avec les principes traditionnels du Japon. Plan libre, façade libre entièrement ouverte sur la nature. Pénétration de la nature dans la maison, prolongement de la maison dans la nature recréée. Flexibilité de l’espace par portes coulissantes, les rangements incorporés à l’architecture. »

Presque 60 ans plus tard, à 90 ans, elle concevra la maison de thé (reconstituée à la Fondation) dans les jardins de l’Unesco à l’occasion du festival culturel du Japon ! De retour en France, elle participera à d’innombrables projets toujours novateurs : chantiers de reconstruction après-guerre, cité universitaire, station des Arcs…Elle dessine un monde où la création artistique est omniprésente et au service de l’homme.

« L’art est dans tout… le métier d’architecte, c’est travailler pour l’homme afin de bâtir un monde nouveau. »

Agnès Brunel Averseng

EXPO Le Monde nouveau de Charlotte Perriand du 2 octobre au 24 février, Fondation Louis Vuitton, Paris
VOIR Living with Charlotte Perriand Galerie Downtown, Paris, jusqu’au 2 novembre
LIRE Charlotte Perriand de Laure Adler (Gallimard) – Et devant moi la liberté de Virginie Mouzat (Flammarion)

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