L’année Rosa Bonheur

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Artiste éprise de liberté et d’idéal, encensée de son vivant comme peintre animalière, Rosa Bonheur fut reconnue par ses pairs et les salons mondains de Paris et Londres. Le château de Thomery où elle vécut en Seine et Marne garde les témoignages de son art, tout comme une fresque parue récemment, l’année de son bicentenaire, nous plongeant dans la vie de cet être de passion et de conviction.

Une histoire romancée

Après des biographies consacrées à André Le Nôtre ou Charles Perrault, l’historienne et romancière Patricia Bouchenot s’est intéressée à Rosa Bonheur pour raconter sa vie en y mêlant des pans de sa propre vie, ce qui a conforté son envie de transmission qui passe par des récits destinés à un large public, même si ce travail a nécessité des recherches documentées sur son héroïne. Pourquoi Rosa Bonheur ? Parce qu’elle est née à Bordeaux, comme les ancêtres paternels de Patricia, qu’elle a vécu à un 19ème siècle parisien que l’auteur n’avait pas encore exploré et enfin que la nouvelle propriétaire du Château de By, résidence de Rosa pendant plus de quarante ans, lui avait fait part de son souhait qu’un ouvrage soit écrit à la gloire de l’artiste, « un vrai champ romanesque à portée de plume ».

Une jeunesse formatrice

Rosa apprend l’aquarelle avec son père, peintre lui aussi, vit dans un environnement influencé par les exilés espagnols et fréquente Goya réfugié à Bordeaux. Une fracture survient lorsqu’il quitte sa famille pour une vie meilleure à Paris. Elle le rejoint jusqu’à un second abandon au nom du Saint-Simonisme et de l’égalité entre femmes et hommes. L’exemple de son père explique peut-être que Rosa choisit de ne pas se marier et de ne pas avoir d’enfants. Sa mère morte, la misère s’installe et ce sera une époque difficile parce qu’elle doit obtenir l’autorisation de son père pour devenir peintre. Il la formera, mais sera exigeant sur la qualité de ses dessins, et, comme il expose déjà dans les salons, les portes des expositions lui seront ouvertes. Elle peint en bonne compagnie, en plein air, avec Corot, se forme au Louvre, et les marchands d’art la repèrent jusqu’à lui organiser des tournées.

Des animaux sur la toile

Rosa voulait dénoncer les violences faites aux animaux. Venue à Paris en calèche tirée par des percherons, habitant près des abattoirs du Roule, elle peindra « Le marché aux chevaux », « Labourage nivernais » ou « La fenaison en Auvergne », une campagne qui exprime son envie de liberté. Très recherchée, elle recevait dans son atelier le vendredi Alexandre Dumas, Chardin ou Flaubert, et des amies très chères, sans parler d’homosexualité nécessairement, même si elle portait le pantalon et fumait cigarettes et cigares, à qui elle laissera tout son patrimoine. Les féministes sont venues la chercher, mais elle a refusé au motif qu’elle n’était pas une militante et que le génie n’avait pas de sexe !

Patricia Bouchenot-Dechin a découvert qu’elle aurait vécu un amour passionné, mais platonique, avec un peintre animalier dont elle connaissait les oeuvres, Edwin Landseer, qu’elle rencontre lors de son voyage à Londres. Il sera follement amoureux de ce petit bout de femme, libre et décidée, admira son talent et aurait voulu qu’elle reste en Angleterre à ses côtés, « Pour elle, j’accepterai d’être Sir Edwin le Bonheur ».  

Rosa Bonheur aura défié son époque en étant peintre, une profession alors interdite aux femmes, et en ne souhaitant ni convoler ni devenir mère pour se consacrer à son métier. Sa vie en béguinage et ses nombreuses amitiés féminines sont le reflet d’une femme au caractère entier qui aura affirmé ses choix et vécu comme elle l’entendait. Depuis que la Mairie de Paris a souhaité féminiser ses plaques de rue, l’une porte son nom dans le 15e, ainsi que de nombreux cafés ou restaurants de la capitale ou de Vincennes, et c’est lui rendre justice que de la voir enfin exposée aux yeux des amateurs d’art et à ceux qui ne la connaissaient pas encore.

Vicky Sommet

LIRE « J’ai l’énergie d’une lionne dans un corps d’oiseau » de Patricia Bouchenot-Dechin aux éditions Albin Michel (février 2022).
EXPOS « Rosa Bonheur (1822-1899) » au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux à partir du 18 mai 2022,« Capturer l’âme. Rosa Bonheur et l’art animalier » au château de Fontainebleau à partir du 3 juin 2022 et au Musée d’Orsay à partir u 17 octobre 2022. Diverses expositions sont prévues au château de By.
VISITER le Musée de l’atelier Rosa Bonheur au Château de By en Seine et Marne, flâner dans son parc, déambuler dans le bois et découvrir les diverses expositions prévues tout au long de l’année. L’été, un festival dédié à la création féminine est organisé en juillet et août. Il y a aussi un salon de thé et des chambres d’hôtes.

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