Pas de révolution sans les femmes

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Le rôle des femmes dans la Révolution française est resté longtemps méconnu. Pourtant, c’est aux Dames de la Halle que l’on doit la première procession révolutionnaire pour ramener le Roi de Versailles à Paris. Quelques unes d’entre elles vont sortir de l’invisibilité et devenir les porte-voix de leurs semblables privées de tous droits civils et politiques. Portrait de trois d’entre elles…

Théroigne de Méricourt
par Michèle Robach

En 1789, Théroigne de Mericourt (1762-1817) met fin à une existence de demi-mondaine pour devenir une femme de la révolution. Son patriotisme  lui vaudra l’estime de nombreux députés. Elle s’habille en amazone pensant ainsi ressembler à un homme et échapper à l’humiliation qu’elle ressent d’être femme. Parallèlement à son succès auprès des patriotes, elle devient la cible privilégiée des contre-révolutionnaires. Les attaques sont sévères. Quand Le peuple français brandit les armes contre la menace extérieure en 1792, Théroigne réclame la formation de bataillons féminins :

« Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertus, ni en courage : montrons à l’Europe que les françaises connaissent leurs droits, et sont à la hauteur des lumières du dix-huitième siècle. » 

Après son adhésion au féminisme guerrier et son exaltation lors de la journée du 10 août, elle sera prise à partie par la populace et humiliée en recevant une fessée patriotique par les tricoteuses et lécheuses de guillotines. En 1794, son frère la fait enfermer dans un asile. Elle est jugée suspecte et déclarée « démente absolue ». La Terreur fabrique tous les jours des suspects, projetant sur eux un imaginaire tissé de complots et de délires. Elle va y mourir dans un état de dénuement total.  Son histoire va inspirer de nombreux auteurs, Michelet, Lamartine Baudelaire. Sarah Bernhardt en 1901 portera à la scène le drame de cette héroïne de la Révolution.

♦ Charlotte Corday
par Vicky Sommet                                                                                       

Surnommée « L’ange de l’assassinat » par Lamartine, Marie Anne Charlotte Corday, arrière-arrière-arrière-petite-fille de Corneille, fut guillotinée à 24 ans pour avoir assassiné Marat en 1793. Bien qu’élevée chez les religieuses, elle avait « Le feu sacré de l’indépendance, ses idées étaient arrêtées et absolues ». Après l’arrestation du Roi à Varennes, les Girondins sont en butte à l’opposition des députés Montagnards dont le député jacobin Jean-Paul Marat, qui, dans son journal radical l’Ami du peuple, se félicite de ces massacres. Symbole de l’injustice et du mensonge. Il devient sa cible après qu’elle ait entendu un député dire « Faîtes tomber la tête de Marat et la patrie est sauvée ». Elle rédige un manifeste « adressé aux Français amis des lois et de la paix » où elle annonce son projet d’assassiner Marat, pour sauver la République.

« Nous travaillons à notre propre perte avec plus de zèle et d’énergie que l’on n’en mit jamais à conquérir la liberté ! »

Arrêtée sur le lieu de son forfait, transférée à la Conciergerie, elle comparait devant le Tribunal révolutionnaire après avoir écrit cette lettre : « Adieu, mon cher papa, je vous prie de m’oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort, la cause en est belle… N’oubliez pas ce vers de Corneille, Le Crime fait la honte et non pas l’échafaud. »Condamnée à mort, conduite au lieu de son exécution, elle sera revêtue de la chemise rouge réservée aux assassins. Son crâne serait conservé par les descendants des Radziwill et ses ossements transférés dans les Catacombes de Paris.

♦ Olympe de Gouges
par Michèle Robach

Dans son principal texte « La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », Olympe fait un acte militant. Elle s’adresse à la reine Marie Antoinette et aux femmes en leur demandant de prendre en main leur destinée. D’où l’idée que la lutte pour l’égalité doit être menée par les femmes, en direction des hommes. La forme adoptée pour la rédaction de cette œuvre a une importance considérable. Il s’agit en effet d’un pastiche construit point par point sur le modèle de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sauf à l’article où est énoncée cette phrase prophétique : « Une femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Ce texte révèle les contradictions non visibles de la déclaration d’août 1789 n’accordant pas aux femmes l’égalité des droits. Les députés ont « trahi » la Déclaration des droits de l’homme, puisque celle-ci est universelle et qu’elle s’adresse à tous les êtres humains quelles que soient leur couleur, leur sexe ou leur race. Il fait surgir les contradictions juridiques des avancées révolutionnaires à l’égard de la question féminine.

Cette lucidité et cette combativité lui seront fatales. En 1793, à l’âge de 45 ans elle sera la deuxième femme à être guillotinée pendant la Révolution (après Marie Antoinette). Elle s’écrie devant la guillotine : « Enfants de la Patrie vous vengerez ma mort ».

La Révolution s’est pensée sans les femmes sur des principes référés au masculin et a trouvé son accomplissement au travers d’institutions composées d’hommes, la citoyenneté excluant les femmes. Pour autant, elle a consacré l’entrée des femmes en politique.

L’équipe de Mid&Plus

À voir sur Netflix la série française historique et fantastique La Révolution (sortie le 16 octobre). La maladie du sang bleu existe-t-elle vraiment ?

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